La Maison des Chagrins

A LA VOLTAIRE !Une violoniste commande à un peintre le portrait de l’homme qui a tué son fils. Un ancien tortionnaire enquête sur la disparition de la fille d’un magnat des finances. Un jeune gigolo cherche à regagner la Chine avec sa dulcinée. Un peintre venge la mort de sa femme et de sa fille. Autant de destins brisés, et plus encore, dont les histoires vont s’enchevêtrer.

Dans « La maison des chagrins », véritable livre choral, ce sont les destins d’une dizaine de personnages que nous suivons. Avec méthode et une psychologie très fine, Victor Del Arbol  nous fait entrer dans leur univers, de sa belle plume, mais surtout en recréant une atmosphère. Une ambiance très noire et pesante, qui nous prend à la gorge dès les premières pages et ne nous quitte pas tout le long du roman, quitte à atteindre la nausée. L’accumulation d’horreurs perpétrées n’y est pas pour rien. Meurtres, viols, maladie, tortures… ne sont que quelques exemples des tragédies vécues dans « La maison des chagrins ». C’est un peu un catalogue de la misère humaine qui est recensé ici, où l’espoir et le bonheur semblent hors de portée.

On ressent alors toute la détresse vécue par les personnages, mais également le fardeau qu’ils vivent au quotidien et qui pèse indéniablement sur eux. Tous portent sur leur corps ou dans leur cœur, les stigmates d’un destin brisé. Et sans être foncièrement mauvais, leurs choix vont toujours à l’encontre du bon sens et du respect d’autrui : la vengeance prime avant tout, quelle que soit la pente à dévaler vers l’Enfer. Pour nous, lecteur, c’est un sentiment de tristesse virant parfois au désespoir devant tant d’injustices, de malheurs et de détresse.

Alors bien sûr, l’histoire est intéressante, bien écrite, implacable. Les personnages qui semblent n’avoir aucun lien entre eux de prime abord voient leur passé, leur présent, mais aussi leur futur s’imbriquer dans celui des autres, tels des poupées gigognes. Le talent de Victor Del Arbol est bien présent, intense. Pour peu que l’on aime les intrigues bâties dans le sang et les larmes, et que l’on ne craigne pas de percer la noirceur la plus profonde de l’âme humaine, c’est une belle réussite. Mais pour ceux qui, comme moi, aiment davantage de nuances, la lecture est plus délicate et complexe.

Les adeptes des romans noirs sauront apprécier la psychologie et la mécanique bien huilée de ce roman. Pour les autres, c’est un sentiment macabre de  « trop plein » qui prévaut et engloutit ce récit dans les profondeurs les plus noires de l’âme humaine. Il n’en reste pas moins une intrigue efficace et admirablement écrite.

« La Maison des Chagrins » de Victor del Arbol est disponible aux Editions Actes Sud (Actes Noirs).
480 pages. Août 2013.

Il a fait partie de la pré-sélection Policiers du Grand Prix des Lectrices ELLE 2014 pour le mois de mars. C’est « Les Impliqués » de Zygmunt Miloszewski qui est le finaliste du mois.Prix ELLE

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9 réflexions sur “La Maison des Chagrins

  1. Avec la description que tu fais du livre, ça me tente beaucoup, mais ça n’est pas trop angoissant ? J’aime ce genre de livres assez noirs, j’aime beaucoup les ambiances un peu dark, mais j’hésite…est-ce que ça va me conduire à une dépression et des pulsions suicidaires quand je serai arrivée à la dernière page ?

    • Oui, je pense que si on aime les romans bien noirs, c’est un très bon choix. Honnêtement, c’est trop lourd pour moi cette atmosphère. Mais c’est très très bien écrit.

      • Oui c’est ce que je me disais aussi….je le lirai peut-être quand je serai dans un excellent mood et que j’aurai viré tous les couteaux et médicaments de mon appart’ !
        Mis à part à ça, tu l’as bien décrit, ça donne tout de même envie de le lire

  2. J’avais vraiment beaucoup aimé son précédent et je pense que celui-ci me plaira aussi. J’ai vu qu’il était nominé pour un prix (ou qu’il en avait obtenu un).

  3. Je crois qu’il est important, au delà de la noirceur, d’insister sur la qualité de l’écriture toujours incisive et d’ajouter qu’il y a, à la fin du livre,une véritable lueur d’espoir même si elle est ténue.

    • Bien sûr ! Mais pour ma part, j’avoue que je n’y ai pas trouvé d’espoir (mais peut-être qu’à la fin, je n’en pouvais plus de tant de noirceur, et que ce n’est pas ce que j’en ai retenu).

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