Ailleurs

ailleursRichard Russo relate, dans ce document biographique, sa relation avec sa mère, mais également la ville de son enfance, Gloversville.

En refermant « Ailleurs », on ne peut qu’être touché par le récit de Richard Russo. Avec toute sa tendresse, mais aussi sa nostalgie, il livre une vraie déclaration d’amour. Pour sa mère, tout d’abord, celle qui est restée « en cage » toute sa vie, qui n’a pas su être véritablement comprise, même si l’amour filial ne peut en aucun cas être remis en cause. Mais aussi pour sa ville natale, souffrante et au bord de l’asphyxie, qui sera toujours difficile à quitter et à oublier. « Ailleurs » est une vraie passerelle entre les deux thèmes. Le charme d’une époque, la « dégénérescence » d’une ville, sont d’ailleurs particulièrement bien retranscrites. Si bien que l’on a l’impression de se trouver sur place, de sentir l’odeur du cuir et de la poussière, d’entendre les sons de la ville.

Un livre également en forme de regret pour Russo. Regret, pour ne pas avoir diagnostiqué le mal qui a rongé sa mère tout au long de sa vie. Ce récit témoigne de sa volonté de se faire pardonner, alors qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour soulager sa mère, se comporter en bon fils, quitte à sacrifier son bonheur personnel. Cette mère autoritaire, « indépendante », obsessionnelle, mais finalement malade, l’a suivi tout au long des étapes de sa vie : de ses études universitaires à sa vie de père de famille. A travers ces décennies, ce sont des dizaines de déménagements qui s’enchainent. Par ce procédé, certes répétitif, l’auteur nous livre la relation tourmentée entre un homme et sa mère, mais aussi le lien invisible mais viscéral qui relie cette femme à sa ville natale. Ce récit, s’il est souvent tragique laisse transparaître des touches d’humour et une grande finesse, indispensables pour apporter un peu de légèreté et ne pas sombrer dans la mélancolie.

Mais c’est la fin, qui enlève tout et nous brise le cœur : d’une grande beauté, elle donne un autre regard au récit. A l’image d’un roman à suspense, elle modifie la perception que l’on se faisait de l’histoire. A partir d’un rebondissement final, une autre vision des événements vécus remet en cause tout ce que l’on pensait savoir et le récit bascule : on a l’impression que le temps se fige et de tout revoir avec les yeux de Richard Russo. Comme lui, on se sent las, éperdument triste… « Et si », et si nous avions compris plus tôt, et si nous nous étions comportés autrement, comme tout aurait pu être différent. On a l’impression que Richard Russo éprouvait profondément le besoin d’écrire ce livre, qu’il agisse tel un exutoire, tant son mal-être semble profond.

Ce roman intense, subtil et sensible ne s’oublie pas et reste longtemps en mémoire. De cette relation mouvementée entre une mère et son fils se dégage une tendre partition, faite de regrets mais aussi d’amour. De beaucoup d’amour.

« Ailleurs » de Richard Russo est disponible aux Editions Quai Voltaire.
272 pages. Septembre 2013.

« Ailleurs » fait partie de la sélection Documents du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2014.Prix ELLE

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