Tout ce que je suis

Tout ce que je suis1933 : avec l’avènement d’Hitler, l’Allemagne se prépare aux pages les plus noires de son histoire. Quatre Berlinois, Ruth et son époux Hans, sa cousine Dora, et son ami Ernst, militants anti-nazis, doivent fuir leur pays pour survivre. Dès lors, ils ne cesseront d’agir pour alerter le monde avant qu’il ne soit trop tard.

C’est une drôle d’impression que l’on ressent en refermant le roman d’Anna Funder : celle d’être passée à côté d’une histoire forte, relatant des faits assez méconnus (la montée du nazisme et l’exil de militants avant le début de la guerre). Le récit est certes très bien documenté, mais on perçoit une certaine distance vis-à-vis du lecteur. Pourtant ce sont deux personnages principaux qui prennent la parole pour relater les tristes événements qu’ils ont vécus. Mais on aurait préféré avoir le ressenti de Doria Fabian ou de Hans Wesemann, des individus hautement plus complexes avec des motivations et des sorts bien différents. Ici, ils semblent en effet loin de nous. C’est une sensation étrange que d’atteindre la dernière ligne, et d’avoir la sensation de ne pas les connaitre.

Le roman prend également du temps, beaucoup trop, à s’installer. Ce n’est que dans les cent dernières pages, que l’on se sent enfin emporté. Du coup, on perçoit la trahison, les doutes, l’angoisse, la frustration, mais ces sentiments peinent à nous atteindre totalement. Peut-être cela est dû aux incessants allers retours d’un point de vue narratif à un autre, d’une époque à une autre. D’ailleurs, on peut s’interroger sur la pertinence d’avoir la vision d’une Ruth centenaire, qui apporte peu au récit, et finalement le coupe, nous faisant perdre quelque peu perdre le fil.

Il n’empêche, « Tout ce que je suis » a des qualités indéniables : il nous fait revivre une époque, explique de façon détaillée la vie des exilés, les actions d’un régime totalitaire près à tout pour les arrêter. Ce côté documentaire offre une matière forte au récit, une trame historique complexe et puissante. Mais au final, c’est malheureusement le côté romanesque qui n’est pas à la hauteur et empêche « Tout ce que je suis » d’être le roman poignant que l’on attendait.

« Tout ce que je suis » offre un témoignage riche d’une période méconnue de l’histoire, avec des personnages forts et complexes, mais on a l’impression de passer à côté d’un grand et beau roman, certainement à cause de choix narratifs mal exploités.

« Tout ce que je suis » d’Anna Funder est disponible aux Editions Héloïse d’Ormesson.
491 pages. Avril 2013.

« Tout ce que je suis » fait partie de la sélection Romans du Grand Prix des Lectrices ELLE 2014.Prix ELLE

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