22 Britannia Road

Printemps 1946. Séparés pbritannia roadendant 7 longues années, à cause de la guerre, Silvana rejoint son mari Janusz avec leur fils Aurek en Angleterre. Si Silvana a dû fuir Varsovie pour se cacher dans la forêt et survivre dans une Pologne occupée, Janusz a, lui, perdu son unité dès le début du conflit, et traversé toute l’Europe avant de s’arrêter en France, avant de joindre l’Angleterre. Comment ces deux êtres, séparés dès la fin de l’adolescence vont-ils pouvoir se reconstruire, mais aussi reconstruire leur couple ?

« 22 Britannia Road », du nom de la nouvelle adresse de Silvana et Janusz en Angleterre évoque le douleureux sujet de l’après. Comment reprendre une vie normale quand on a vécu les horreurs de la guerre et réapprendre à faire confiance ? Comment repartir de zéro dans un pays inconnu ? Comment reprendre une vie de couple après tant d’années d’absence ? Comment apprivoiser un fils qui est un étranger pour nous ? Amanda Hodginkson traite ces sujets avec subtilité et empathie, nous rendant particulièrement attachant ce couple, en collant au plus près de leurs pensées et de leurs émotions. Cette partie est particulièrement intéressante. Dommage que l’auteur ait choisi de naviguer entre présent et passé. Car on perd alors en intensité, et les flashbacks, qui se déroulent du point de vue de Janusz et de Silvana (tous deux séparés, et donc vivant des événements différents) ne m’ont pas particulièrement séduite.

La partie sur Silvana, réfugiée dans la forêt avec son fils, évoque un fait assez méconnu, ou en tout cas, peu retranscrit dans les romans traitant de la Seconde Guerre Mondiale. Cela m’a rappelé le film « Les Insurgés » d’Edward Zwick (avec Daniel Craig et Jamie Bell) qui suivait le destin de quatre frères qui ont sauvé des centaines de Juifs en se cachant dans la forêt. Ici le propos, s’il est certes plus romancé, m’a semblé par instants manquer de crédibilité (surtout à la fin). Pour ce qui est des passages sur Janusz, je dois avouer que je me suis plutôt ennuyée (surtout la partie en France, et sa liaison avec une jeune Française, Hélène) et que je ne me suis pas attachée au personnage à cet instant là. Alors que paradoxalement, j’ai aimé cet homme quand on le suit dans sa vie de famille en 1946. Ce Polonais, qui s’est fait pour devoir de s’intégrer dans son pays d’accueil, en adoptant le code vestimentaire, l’accent, les habitudes (boire du sherry, faire un jardin à l’anglaise…) de ses nouveaux compatriotes, d’être méritant en travaillant comme un forcené pour mériter sa place et acquérir le respect des autres, de repartir de zéro et de faire fi du passé, est particulièrement touchant.

En règle générale, j’ai beaucoup apprécié le récit au présent, celui de la « reconstruction », et surtout l’évolution des personnages autour d’Aurek, cet enfant qui n’a connu que la guerre. Son comportement d’enfant sauvage qui doit apprendre à vivre selon des codes et des règles de bonne conduite, sa relation ultra-fusionnelle avec sa mère, sa haine du père qu’il considère comme un ennemi interférant justement dans le duo mère-fils, sont particulièrement bien traîtés, et auraient pu suffire pour bâtir un récit fort et poignant. Surtout qu’un secret, lourd de conséquence, va venir bouleverser la vie de cette famille, que rien n’aura épargné. Pour moi il n’y avait pas besoin d’alourdir le récit avec des allers-retours incessants entre présent et passé (courts en plus, qui ne laissent forcément les éléments prendre place et s’installer pour le lecteur). Le seul bémol dans cette partie interviendrait à propos du personnage de Toni Benetoni, un riche homme d’affaires de la petite communauté, qui ne m’a pas inspiré confiance, et pour lequel je n’ai pas éprouvé de grande sympathie. J’ai eu alors du mal à croire à l’histoire qui le lie à Silvana.

« 22 Britannia Road » est un roman un peu bancal parfois, mais il a néanmoins le mérite de porter des sujets forts et souvent peu traités, avec une belle émotion. Dommage qu’Amanda Hodgkinson ne l’ait pas ancré dans un seul espace-temps. Il y aurait certainement gagné en intensité.

« 22 Britannia Road » d’Amanda Hodgkinson est disponible aux Editions Pocket.
444 pages. Octobre 2013.

« 22 Britannia Road » fait partie de ma sélection pour Le Mois Anglais, organisé par ChryssildaMartine et Lou.le mois anglais 3

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13 réflexions sur “22 Britannia Road

    • Oui moi aussi, mais je crois que je fais une overdose de flashbacks. J’aurais aimé qu’on reste dans le présent, qu’on évoque le passé certes, mais qu’on soit dans un seul espace-temps. Car cette partie m’a vraiment beaucoup intéressée avec ces questionnements sur le retour à la vie « normale », la reconstruction de soi, de son couple, d’une vie de famille…, c’est dommage qu’elle ait été diluée.

    • J’avoue je suis assez mitigée, même s’il y a de très belles choses. Il était agréable, mais j’ai été gênée par les allers-retours incessants, qui m’ont coupée dans l’histoire et dans mon élan.

    • Oui j’en avais beaucoup entendu parler, mais je n’ai pas accroché à tout. Je crois que je suis lassée des romans qui parlent de l’Histoire en utilisant (et abusant) des flashbacks. Rester sur l’année 1946 aurait été beaucoup plus passionnant.

  1. C’est une totale découverte pour moi, je n’avais jamais vu ce livre. Je note après t’avoir lue, il pourrait me plaire. Merci pour ton billet :)

  2. Pingback: Billet récapitulatif du mois anglais 2014 | Plaisirs à cultiver

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