Le Fils

le filsAu Texas, le destin de la famille McCullough se joue sur trois générations. Dans les années 1850, Eli, le patriarche, plus tard connu sous le pseudonyme du Colonel, est enlevé par des Comanches. Il vivra pendant 3 ans parmi eux, avant de prendre part à la conquête de l’ouest et à la guerre de Sécession. 65 ans plus tard, son fils, Peter, devra faire des choix alors que de violentes rivalités entre Américains et Mexicains pour l’appropriation des terres divisera son clan. Au début du XXIe siècle, Jeanne-Anne, la petite-fille de Peter et arrière-petite-fille d’Eli, se penchera sur son histoire, alors qu’elle est à la tête d’une des plus grandes exploitations pétrôlières du pays.

Grande fresque ambitieuse, explorant la naissance d’une nation, entre rêve américain et violence (spolier et tuer pour prendre possession des espaces), « Le Fils » est une oeuvre passionnante ! Philipp Meyer utilise la petite histoire (celle de la famille McCullough) pour retracer la grande, avec un sens du détail et une belle finesse des comportements. Il offre aussi un travail admirable de recherche, puisque mis à part les personnages, tout est réel : les faits historiques bien sûr, mais aussi les coutumes, auxquelles Philipp Meyer s’est intéressé de près. Il en ressort une saga familiale intense, où chaque personnage est bien campé. Sur près de 700 pages, tout n’est certes pas parfait (on n’échappera pas à certaines longueurs, ou à quelques moments de lassitude), mais il est intéressant de voir à quel point l’auteur sait conserver l’intérêt de son lecteur jusqu’à la fin, ménageant un certain sens du rebondissement, alors que l’on pensait tout joué d’avance. Les derniers chapitres laissent s’emboiter les mystères sous-jacents : comment Eli est-il devenu le Colonel, cet homme froid et dur qui ne ressemble en rien au jeune homme pour lequel on s’était pris d’affection ? Pourquoi Jeanne-Anne fait-elle la rétrospective d’une vie entière passée à trouver sa place dans un monde d’homme ?

On n’oubliera pas non plus de parler de l’extrème violence qui émaille le récit de Philipp Meyer. Certains passages se révèlent proches de l’insoutenable. Pourtant cette violence n’est pas gratuite, elle semble même être un passage obligé, liée à l’histoire du pays et aux épreuves que ce dernier traverse pour se construire. Il n’empêche qu’il faut parfois avoir le coeur bien accroché, tant ces scènes sont particulièrement visuelles. On saluera la plume de Philipp Meyer, d’une grande précision, puisqu’il réussit à nous entrainer dans son univers, avec une facilité déconcertante. On s’y croirait tout simplement ! Mais on le remercie également de croiser les destins de ses personnages en changeant l’époque à chaque chapitre. Cela nous permet de reprendre nos esprits, et de respirer un peu. Cela permet aussi de conserver une certaine intensité tout au long du roman : l’histoire d’Eli, malgré sa violence, est celle qui m’a le plus intéressée par exemple, aussi j’ai apprécié de pouvoir la suivre, en pointillés, certes, mais jusqu’à la fin du récit.

« Le Fils » est un vrai tour de force de la part de Philipp Meyer qui retrace 150 ans de l’histoire américaine, avec un vrai regard, et un sens du détail éblouissant. Malgré quelques longueurs et une violence parfois difficile à supporter, c’est une oeuvre passionnante, qui se dévore. A découvrir !

Je sais que j’en ai déjà beaucoup parlé, mais tant pis je le redis. Si vous avez l’occasion d’entendre Philipp Meyer parler de son roman ou tout simplement de l’histoire de son pays, ne la manquez surtout pas ! Il est tout simplement fascinant (malgré son air pince-sans rire comme dirait Valérie ;)

« Le Fils » de Philipp Meyer est disponible aux éditions Albin Michel.
688 pages. Août 2014.

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12 réflexions sur “Le Fils

  1. C’est vrai qu’il a un côté pince sans rire, non? J’ai beaucoup aimé ce roman et j’ai tout aimé écouter l’auteur. Bon, ce n’est pas le même genre que Christophe Ono-dit-Biot mais ça nous fait un deuxième point commun.

  2. A lire ton article, avec lequel je suis totalement d’accord, je me rappelle dans mes retards de billets, il y a le Fils … Et comme c’est un très beau livre, je m’en charge ce week-end !

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