Le Garçon incassable

le garconDans ce roman, Florence Seyvos navigue entre les destins de deux hommes. D’un côté, celui de l’acteur Buster Keaton, dont les cascades les plus spectaculaires exécutées dès son plus jeune âge sur les planches puis sur les plateaux de tournage, lui ont valu peu de blessures. De l’autre, le destin d’Henri, enfant handicapé, qui vit dans sa bulle et sur lequel le monde ne semble pas avoir d’emprise. Deux destins, deux hommes « incassables », chacun à leur manière.

« Le Garçon incassable » est un roman à la fois riche et déroutant. Riche car il racontre avec sensibilité et pudeur la vie de deux êtres aux destins bien différents. Celui de l’acteur Buster Keaton, qui a fait de son corps « élastique » sa meilleure arme pour se bâtir une carrière, du petit spectacle familial aux grands studios Hollywoodiens. Avant que les producteurs et le cinéma parlant ne lui fassent de l’ombre. Le deuxième destin est celui d’Henri, beau-frère de la narratrice (dont la mère est la compagne du père d’Henri) qui croise son chemin lors de leur enfance en Afrique. Un jeune garçon handicapé, qui vit dans l’attente que quelque chose se passe, que quelqu’un s’occupe de lui. Mais son regard ouvert sur le monde et son tempérament heureux font glisser tous les tracas et les malheurs sur lui. Ce sont deux portraits bien différents et dont le lien semble si ténu qu’il est déroutant. Qui est finalement le « Garçon incassable » évoqué dans le titre?

Car si les deux histoires fonctionnent merveilleusement seules, à part l’une de l’autre, les regrouper dans un même volume, un chapitre faisant vivre l’un sous ses mots puis l’autre, m’a laissée quelque peu perplexe. Je ne comprends pas le parallèle que Florence Seyvos peut faire des vies de Buster Keaton et d’Henri, et qui nécessite de lier leurs histoires sous un titre commun. Du coup, ce roman hybride peine à me convaincre. Car s’il est touchant par passages, le découpage permet d’entrer dans les récits de l’un et de l’autre seulement par à coups, sans transitions. Et le dernier chapitre, relatant l’accouchement de la narratrice sans crier gare, et sans véritable lien avec la structure du roman, rompt davantage le peu d’équilibre que Florence Seyvos semblait vouloir développer. Dommage, car à mêler trop de sujets, elle les délite, et laisse moins de place à des personnages dont les destins auraient certainement mérité un traité à part entière.

« Le Garçon incassable » de Florence Seyvos est disponible aux éditions Points.
192 pages. Août 2014.

« Le Garçon incassable » fait partie de la sélection du Meilleur Roman des Lecteurs de Points 2015. Il a reçu le Prix Renaudot poche 2014.

prixpointle mois cinéma

Publicités

7 réflexions sur “Le Garçon incassable

  1. oui, c’est dommage, les deux histoires auraient été bien plus fortes si elles avaient été séparées, moi non plus je n’ai pas vu le lien entre les deux… et le dernier chapitre, vaguement hystérique, m’a laissée très perplexe.

  2. J’ai souvent ce sentiment aussi avec les découpages, et ça m’empêche d’entrer pleinement dans le livre et son histoire. Bon, au suivant !

  3. Pingback: Prix du meilleur Roman des Lecteurs de Points 2015 : les Résultats | Les Mots de Marjo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s