Profession du Père

professiondupèreCE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Hier, c’était le lancement de la Rentrée Littéraire ! Et s’il y a un titre que j’avais repéré il y a des mois dans la liste des sorties, c’est bien celui de Sorj Chalandon. Deux ans après le superbe « Le Quatrième Mur », l’auteur revient en effet avec un roman, où on sent poindre une nouvelle fois l’intime derrière le récit. Alors, avec toute la patience qui me caractérise, je me suis faufilée dans ma librairie de quartier hier matin peu après l’ouverture (alors que les nouveaux romans venaient à peine de prendre place sur les tables) pour me procurer ce nouvel opus et m’en aller le dévorer tranquillement à la maison :)

S’il n’a pas la même force qu’un « Retour à Killybegs » ou d’un « Quatrième Mur » (mes favoris avec « Mon Traître »), « Profession du Père » n’en reste pas moins un très bon cru, à rapprocher davantage des ambiances plus intimistes et familiales de « La Légende de nos Pères » ou de « Une Promesse ». Sorj Chalandon s’attache en effet à un pan de l’enfance d’Emile Choulans (son alter ego enfant ?) et à sa relation avec son père. Un épisode de sa vie où il a été missionné par ce dernier pour devenir un enfant espion, engagé par « l’Organisation » dont l’objectif est de tuer le Général de Gaulle alors que la guerre d’Algérie fait rage. Une mission que le jeune Emile est fier de pouvoir accomplir, même avec ses faibles moyens, car elle lui permet de partager un secret, une relation avec son père. Un père qui se révèle violent, bourru et qui laisse vivre sa famille dans l’isolement le plus complet tant il ne fait confiance à personne. Un père craint par sa femme et son fils. Un père qui aurait connu Edith Piaf, des agents de la CIA, le Général de Gaulle et bien d’autres encore. Un père qui aurait embrassé quantité de professions… Un père destructeur, qui vit dans son monde et ses illusions, et y entraîne toute sa famille.

Mais ce père est vu par les yeux d’enfant d’Emile. Si le lecteur voit poindre la vérité, l’enfant croit dur comme fer à sa mission. Il se prend au jeu et y entraîne même un nouvel élève de son collège. Une attitude qui lui permettra de reprendre confiance, et de se comporter en leader. Jusqu’au point de non retour. Jusqu’à ce que l’histoire n’aille trop loin. Jusqu’à ce qu’il sente qu’il a dépassé les limites. Jusqu’à ce qu’il perde pied. Mais quand il franchit la porte de l’appartement familial, la peur reprend le dessus, la domination paternelle continue avec son déchaînement de violence et d’humiliations. Comment l’adulte qu’Emile sera devenu pourra se reconstruire, lui qui a été traumatisé dans son enfance ? Lui qui fait face à l’indifférence de ses parents à peine jeune adulte ? Quel comportement aura-t-il face à son fils, quand à son tour il devra se comporter en père ?

Une nouvelle fois, avec beaucoup de pudeur, de force et de sensibilité, Sorj Chalandon puise au plus profond des relations humaines et familiales. Son écriture est toujours aussi percutante, à la fois simple mais bouleversante dans ses phrases minimalistes et épurées. Si parfois le propos est un peu trop appuyé, on est embarqué dans ce récit. Comme souvent, on a l’impression que l’auteur utilise son vécu et ce qu’il a de plus personnel pour bâtir son intrigue et donner de la consistance à ses personnages. Ces derniers semblent terriblement justes et existent pleinement. Et si comme moi, sur une simple phrase, qui semble anodine, mais qui pourtant résume tout, toutes les émotions remontent, vous savez que vous êtes face à un beau roman. Un roman dur mais profondément humain, un vrai coup de cœur.

« Profession du Père » de Sorj Chalandon est disponible aux éditions Grasset.
320 pages. Août 2015.

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22 réflexions sur “Profession du Père

  1. J’avais hâte de lire ce billet. Je ne vais pas le lire pour plusieurs raisons: tu le rapproches de romans qui ne m’ont pas convaincue et Sorj en parle comme d’un roman autobiographique. Mais je suis ravie qu’il ne t’ait pas déçue car être déçue par son auteur chouchou, c’est très dur.

  2. ma prochaine lecture :)
    comme mes favoris sont les mêmes que les tiens, j’ai peur d’un peu moins aimer celui-là…mais tellement hâte de le lire quand même!

  3. Tous ses livres ont des racines autobiographiques; c’est d’autant plus glaçant d’imaginer qu’il a eu cette enfance… je me laisserais bien tenter quand même…

  4. Je suis d’accord avec toi, quand une phrase fait remonter toutes les émotions, on sait que le roman va rester inoubliable (sans doute aussi parce que ça n’arrive pas souvent ;) ).

    • Oui et puis ça montre aussi toute la subtilité de l’auteur je pense, qui malgré le sujet ne cherche pas à faire dans le pathos. C’est une claque mais dont la douleur s’insinue au fur et à mesure de la lecture.

  5. Pingback: Profession du père - Sorj Chalandon | Micmélo LittéraireMicmélo Littéraire

  6. J’ai adoré ce livre, il est différent du Traitre et de Retour à K, mais je l’ai trouvé très percutant, et bouleversant, vraiment. Il est terriblement personnel ce livre, et j’ai été vraiment retourné par cette enfance, et par les relations avec son père (et sa mère) adulte. Vraiment, ça m’a fait un coup au coeur.

    • Oui c’est un très beau livre, et très dur par son sujet. Quand on touche autant à l’intime c’est délicat je trouve. Je préfère les romans que tu cites par rapport à tout leur contexte, mais celui-là restera forcément très ancré, ça c’est certain !

  7. Bon moi je ne vais pas le lire je pense…je viens de lire le billet de Gambadou, et le côté auto-fictionnel va me gonfler je le sais, j’ai peur d’avoir le sentiment de tourner autour du même sujet (le père menteur et brutal finalement), mais je suis heureuse que tu l’aies aimé, parce que c’est important de ne pas être déçu d’un auteur chouchou….d’ailleurs, parce que je sais que tu l’adores, je compte me pencher sur le 4ème mur qui est sorti en poche….
    Ma binômette, je sais que c’est ta rentrée aujourd’hui, alors je te la souhaite sinon calme et sereine (dans ton métier c’est impossible), au moins joyeuse et énergique. Et je t’embrasse bien fort.

    • Oui être déçue par un auteur chouchou c’est dur. Tous ses écrits ont une part autobiographique, mais il le fait avec beaucoup de talent, et de pudeur. J’espère que tu aimeras le Quatrième Mur, tu me diras :) Bisous ma Galinette !

  8. Pingback: Bibliomaniacs : Episode 18 | Les Mots de Marjo

  9. Ce n’est pas un coup de coeur pour moi parce que comme tu le dis, il n’a pas la force du Quatrième mur ou Mon traître. C’est pourtant un récit fort en émotion, révoltant par moment. Le père m’a bien sûr fait enrager, mais c’est envers la mère que j’ai eu le plus de ressentiment je crois.

    • Oui c’est pareil pour moi. Il a une écriture d’une force hallucinante ! Et le sujet m’a beaucoup touchée. Je ne connais pas Queffelec, je me le note, merci :)

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