La Neige noire

neige noireIrlande, 1945. Barnabas Kane avait quitté son Donegal natal pour trouver une meilleure situation aux Etats-Unis. Lorsqu’il revient sur ses terres, c’est accompagné de sa femme Eska et de son fils Billy. Mais pour ces expatriés, le retour ne se fait pas sans heurts dans cette petite communauté où tout le monde se connait et a toujours vécu ici, même si les Kane veulent croirent en leur bonne étoile. Jusqu’au jour où un incendie ravage leur étable, tuant leur ouvrier, un homme « du coin », Matthew Koeples. Le regard et l’attitude des autres se fait alors plus dure, incriminant Kane plus que jamais.

Après « Un Ciel rouge, le Matin », Paul Lynch nous revient avec son deuxième roman, faisant une nouvelle fois le pont entre l’Irlande et les Etats-Unis. Si dans son premier roman, son personnage principal fuyait le vieux continent pour se réfugier de l’autre côté de l’Atlantique, où une implacable chasse à l’homme se mettait alors en place, ici son héros fait le chemin inverse. Pour des raisons que Paul Lynch ne nous dévoile pas, Barnabas Kane quitte New York pour retrouver son pays natal, ses terres, son terroir même. Mais cet homme qui s’est exclu lui-même de sa communauté en la quittant, se retrouve isolé. On sent la bienveillance et la politesse de ses voisins (après tout, ils accourent pour aider Barnabas lorsque son étable prend feu), mais on a la sensation que quelque chose s’est définitivement brisé dans leurs relations. Car ce pays, même avec s’il est dur, n’admet pas que ses enfants le quitte pour faire fortune ailleurs.

Et l’incendie qui ravage la ferme des Kane est l’événement qui fera tout basculer. Criminel ? Accidentel ? Les raisons se dévoilent au fur et à mesure du roman, qui prend une teinte de plus en plus noire. Comme si les ténèbres s’enfonçaient de plus en plus dans l’esprit et le coeur des Kane. Une famille qui divise la communauté, et qui se divise également en son sein. Paul Lynch a un don pour décrire les relations humaines, en quelques détails, en peu de paroles dans ce pays qu’il connait si bien et qu’il restitue avec talent. Ses personnages existent pleinement. On sent les rancoeurs et les silences. On sent les aspérités, les non-dits, mais aussi les regards qui en disent long. On espère quelques lueurs d’espoirs. Mais on sent le destin en marche, comme si rien ne pouvait contrecarrer ses plans.

Alors à ce petit jeu, Paul Lynch gagne le prix de la noirceur. C’est magnifiquement écrit, mais cette chape de plomb persistante rend le roman presque irréspirable. On sent cette tension grandir à mesure que le dénouement se profile. Il faut alors se laisser des moments pour respirer, avant de reprendre son souffle et sa lecture. Si le roman est puissant et tient parfaitement ses promesses, je regrette juste les apartés de Billy qui manquent peut-être un peu de fluidité et surtout qui nous font découvrir un personnage complètement différent de ce qu’il semble par ailleurs. Comme s’il changeait d’âge, de mentalité, de manières. Cela m’a laissée quelque peu perplexe. Mais il en faudrait plus pour ne pas saluer le style de cette « Neige noire » qui vous fera frisonner sitôt les dernières pages tournées.

« La Neige noire » de Paul Lynch est disponible aux éditions Albin Michel.
320 pages. Août 2015.

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6 réflexions sur “La Neige noire

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