L’Inconnue de Birobidjan

L'inconnue de BirobidjanWashington, 1950. En pleine période de McCarthysme, une actrice américaine d’origine russe est interrogée. Elle s’appelle Maria Apron et est accusée non seulement d’espionnage, mais aussi d’avoir tué un agent secret américain sur le sol soviétique. La jeune femme nie, et doit alors raconter son histoire pour tenter de se défendre. Mais aussi partager de lourds secrets qui ont bouleversé sa vie, l’obligeant à fuir Moscou pour se réfugier au Birobidjan, cet état juif, situé près de la Sibérie.

D’un côté il y a la Russie avec le stalinisme, de l’autre les Etats-Unis avec leur chasse aux sorcières pendant le McCarthysme. Marek Halter dénonce les deux dans un récit qui met en avant un personnage de femme fort, qui subit les tourments de l’Histoire des deux côtés de l’Atlantique. En 1950, elle fait face au McCarthysme, soupçonnée d’espionnage et de meurtre et durant les cinq jours de son interrogatoire, elle relate son passé. Les allers-retours entre les deux périodes et les deux continents sont nombreux mais se suivent très bien. On pourra juste regretter le manque de subtilité pour naviguer de l’un à l’autre. En effet, le passé de Maria est raconté en un flux ininterrompu, alors qu’elle est devant un ersatz de Cour de Justice. Sans ce procédé, on y perdrait en détails et l’intrigue ne serait pas aussi riche. Mais du coup, cela manque quelque peu de crédibilité et alourdit un peu le procédé.

Pour autant, il serait dommage de se focaliser sur ce point. Car le récit dans son ensemble est tout à fait passionnant et montre les rouages des systèmes mis en place dans les deux pays. On sent la tension monter au fur et à mesure du récit. Marek Halter maitrise parfaitement son intrigue et sait exactement où il veut mener ses personnages. Ces derniers sont assez bien esquissés pour nous être attachants. En particulier Maria, et Allen Koeningsman, chroniqueur au New York Post, qui assiste au « procès » de la jeune femme. Il croit non seulement à sa version, mais souhaite l’aider pour la disculper, quitte à jouer avec le feu. L’atmosphère des années 50 est prégnante dans ces chapitres du roman, et on a l’impression de se retrouver dans un film noir, avec ces personnages portant imperméables et chapeau de feutre, qui négocient sous la pluie, à côté de leurs voitures qui enferment des volutes de fumées de cigarettes.

« L’Inconnue de Birobidjan » est un roman oscillant entre plusieurs styles, mais qui se raccroche à une vérité historique pour bâtir son intrigue. Un récit parfaitement maîtrisé, qui n’évite certes pas quelques écueils, mais qui se dévore !

« L’Inconnue de Birobidjan » de Marek Halter est disponible aux éditions J’ai Lu.
477 pages. Mars 2013.

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2 réflexions sur “L’Inconnue de Birobidjan

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