Une jolie Fille comme ça

Une jolie fille comme caIl est scénariste et passe quelques mois à Hollywood, alors que sa femme est restée à New York. Elle est une jeune actrice, un peu perdue. Lors d’une soirée dans une maison au bord de la plage, il la sauve d’une noyade certaine. Il ne pensait pas la revoir. Et pourtant lorsqu’il l’appelle quelques jours plus tard pour prendre de ses nouvelles, il l’invite à dîner. Avant que leur histoire n’aille plus loin.

De « elle » et de « lui », nous ne connaitrons jamais les prénoms. Et pourtant, jamais au cours du roman, cela ne semble manquer pour entrer dans leur histoire. Une histoire d’où perce une mélancolie, en noir et blanc, comme un vieux film hollywoodien. Ce n’est pas pour rien que le roman se déroule dans cette ville des mirages et des illusions perdues. On sent nos deux personnages qui s’accrochent malgré eux l’un à l’autre, comme pour donner du sens à une vie qui en manque cruellement. Car lui est un scénariste, désabusé, sans plus aucune ambition, qui enchaine les liaisons sans se poser de questions. Car elle est une actrice d’une fragilité extrême, dont la joie de vivre n’éclate qu’en de rares occasions, celles où elle s’abandonne à l’instant présent.

Alfred Hayes livre une partition toute en nuances, en clair-obscur… où les ombres sont bien plus nombreuses que les instants de lumière. Et quand celle-ci apparait, elle est aussi crue et violente que celle des néons d’une salle de bains sans âme. Dans les silences, et les gestes lents, on sent un souffle qui se perd, des voix qui ne deviennent que des murmures. On sent que c’est la noirceur qui va tout emporter, tout engloutir. Que Hayes a perdu toute illusion, que son rêve hollywoodien n’est qu’un mythe. Si le roman est livré dans un bel écrin, il vaut surtout pour son atmosphère. Un vrai film en noir et blanc, à la fois cruel, désabusé et mélancolique. Difficile de ne pas se laisser emporter par cette écriture et de ne pas se laisser submerger par la force de ce roman…

Telles les vagues de l’Océan Pacifique mises en exergue au début du récit, nous sommes ballotés d’un sentiment à un autre, espérant atteindre le rivage en toute sécurité, mais glissant vers un fond que l’on pressent inexorable. Vers une fin où le Happy End, si typique d’Hollywood semble hors de propos. Car au jeu des sentiments, il est des sens uniques qui ne laissent pas les cœurs indemnes.

« Une jolie Fille comme ça » d’Alfred Hayes est disponible aux éditions Gallimard.
176 pages. Octobre 2015.

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