Titus n’aimait pas Bérénice

titusAu XXIe siècle, Titus quitte Bérénice dans un café. Il s’en retourne auprès de sa femme, Roma, et de ses quatre enfants. Mue par le chagrin, Bérénice se tourne alors vers l’œuvre de Racine, celui à qui elle doit son nom et dont l’une des œuvres n’est pas sans rappeler sa propre histoire. C’est le moyen alors de refaire vivre cet homme du XVIIe siècle, lui qui fut l’un des plus grands dramaturges Français, et l’un des favoris de Louis XIV.

Si vous vous attendez à une revisite de la tragédie de Titus et Bérénice, passez votre chemin. Car l’histoire d’amour contemporaine relatée ici par Nathalie Azoulai ne dure que le temps de 3 chapitres, dispersés dans le roman. L’auteur s’attache en effet bien davantage à relater, de façon romancée, la vie du dramaturge Jean Racine. Le XXIe siècle n’est finalement qu’un prétexte pour se replonger dans le passé de ce grand homme qui a assurément marqué la littérature Française. Et pour moi qui ait toujours aimé « Britannicus » ou encore « Bérénice » (dont il est vrai, on reconnait certains vers, dont le fameux : « Je l’aime, je le fuis; Titus m’aime, il me quitte »), ce roman est un vrai plaisir de lecture.

Parce que Nathalie Azoulai suit Racine de son enfance chez les jansénistes où il découvre le maniement des mots grâce aux traductions de grec et de latin, jusqu’à la fin de sa vie où il s’est assagi dans ses écrits et cherche davantage le consensus, en passant bien sûr par sa découverte de la dramaturgie et son travail sur ses œuvres. A chaque instant, elle suit son personnage au plus près, avec cette écriture au présent, particulièrement dynamique et son style ciselé. L’objectif n’est pas de rendre forcément compte d’une vérité purement historique, mais de se faire une idée de l’homme derrière la plume, et de découvrir son parcours. On s’attache forcément à lui, et on rencontre au passage Boileau, la Fontaine, Corneille, Molière mais aussi Louis XIV. Cette traversée du monde du théâtre de l’époque est particulièrement savoureuse et intéressante.

On ressent tout l’amour de Nathalie Azoulai pour les mots, le théâtre, la poésie. Son roman est passionnant et donne envie de redécouvrir l’œuvre de Racine, mais également de ses pairs. Elle réussit à nous transmettre sa passion et à donner un côté résolument moderne à cette époque. Il faut dire qu’elle capte particulièrement bien les émotions, les jalousies de ce monde du théâtre, les histoires de la Cour, d’amour et d’amitié… Finalement, il n’y avait pas forcément besoin d’essayer de faire le lien avec une histoire d’amour contemporaine, car le roman existerait pleinement sans, et gagnerait davantage en équilibre.

« Titus n’aimait pas Bérénice » de Nathalie Azoulai est disponible aux éditions P.O.L.
316 pages. Août 2015.

« Titus et Bérénice » a reçu le Prix Médicis 2015.

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4 réflexions sur “Titus n’aimait pas Bérénice

  1. Toute la partie biographique m’a beaucoup intéressée. En revanche, j’ai trouvé que les chapitres de modernisation de Titus et Bérénice étaient d’un niveau vraiment inférieur au reste du livre.

    • Oui c’est vrai que c’était un peu décevant, surtout que pour moi le roman aurait pleinement existé sans (il aurait fallu un 2e roman avec seulement l’histoire moderne de Titus et Bérénice).

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