Dans la Maison de l’Autre

danslamaisondelautreHambourg, 1946. Le colonel Lewis Morgan est en charge de la « dénazification » en Allemagne et de reconstruire les zones dévastées. L’armée Anglaise le loge, lui et sa famille qui vient de le rejoindre, dans une superbe maison, qui a été « confisquée » à ses propriétaires. Comme c’est le cas pour de nombreuses autres. Mais Lewis propose à Stefan Hubert, l’occupant des lieux, de rester avec sa fille. Une cohabitation entre ces deux anciens ennemis commence donc…

« Dans la Maison de l’Autre » évoque une part méconnue de l’Histoire, où des familles allemandes se sont retrouvées chassées de leur logement, afin de laisser la place à des militaires Anglais, en charge de la reconstruction du pays. Cette idée, Rhidian Brook, la doit à sa famille, car son grand-père a lui-même proposé à son propriétaire Allemand ce type de cohabitation. On entre alors dans cette ère à double vitesse : entre pardon et rancune, entre reconstruction et spoliation, entre guerre et paix. Car l’ensemble est fragile, et on sent bien qu’il en faudrait peu pour que tout bascule. D’autant plus que le gouvernement Anglais se trouve assez démuni et désemparé pour redonner espoir à un peuple entier.

Le propos est intéressant et les différents personnages permettent de donner de la profondeur et d’évoquer les différentes « représentations » qui ont pu exister à l’époque : on retrouve ceux qui se traitent entre eux en êtres humains et souhaitent faire fi du passé pour (se) reconstruire ; il y a ceux qui cachent leur passé nazi derrière des bonnes manières ; ceux qui veulent continuer le combat, envers et contre tout ; ceux qui se retrouvent sans rien et se retrouvent à chaparder et troquer le moindre objet pour survivre ; il y a les désabusés, ceux plein de belles illusions et de courage, ceux qui ont été détruits par les horreurs de la guerre… Rhidian Brook réussit assez bien à retranscrire les comportements de chacun, sans trop tomber dans le manichéisme. Son roman est intéressant, fouillé, de très belle facture.

Mais las, l’auteur choisit alors d’édulcorer son propos, en mettant en avant une romance, qui gâche quelque peu l’ensemble. Car on a l’impression qu’elle constitue un passage obligé et qu’au final il ne réussit pas vraiment à la faire vivre. D’ailleurs, il conclut son roman avec des twists assez faciles, qui évitent toute confrontation et qui peuvent même manquer de crédibilité. C’est un peu dommage car l’histoire n’avait pas forcément besoin de cela, ou cela aurait pu être amené d’une façon plus subtile. Il n’en reste pas moins que « Dans la Maison de l’Autre » reste intéressant par son propos et qu’il permet de mettre en lumière des faits méconnus de l’Histoire.

« Dans la Maison de l’Autre » de Rhidian Brook est disponible aux éditions 10/18.
375 pages. Juin 2015.

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4 réflexions sur “Dans la Maison de l’Autre

  1. Je viens de lire une non-fiction qui évoque ce sujet, alors ce titre m’intéresserait bien. Mais je crains aussi l’aspect romance, passage obligé comme tu le dis. Si je ne trouve pas d’autre livre sur ce thème… Je note quand même.

  2. J’ai lu les trois derniers romans que tu présentes. Je commence par celui-ci, que j’ai lu il y a assez longtemps pour le prix FNAC et je suis d’accord avec toi, il y avait de quoi faire un très bon roman et la romance n’est pas à la hauteur du thème.

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