Academy Street

academy streetIrlande, 1944. La petite Tess n’a que 7 ans lorsqu’elle perd sa mère. Le silence devient le compagnon de l’enfant, qui devient de plus en plus solitaire. En grandissant, et malgré son métier d’infirmière, elle reste toujours plus ou moins fermée au monde extérieur. En partant rejoindre sa sœur à New York, elle espère changer de vie et trouver davantage de bonheur. Mais elle reste en retrait, comme absente d’une vie qu’elle ne dirige pas. Heureusement, son fils Theo et sa voisine Wilma, sont présents à ses côtés, pour mettre un frein à sa solitude.

« Academy Street » est le nom de la rue new-yorkaise où vit Tess Lehan, l’héroïne de ce roman, tout en émotions et en délicatesse. Avec beaucoup de simplicité, Mary Costello nous entraine dans le sillage de cette jeune femme, dont la solitude et une certaine tristesse nous émeuvent. Parce qu’elle est d’une humilité désarmante, et qu’en même temps, dans ces lignes, on sent les pulsations d’un cœur qui ne demande qu’à aimer et à vivre. Mais qui n’ose pas. On a alors l’impression que ce roman est fait de silences, de petits gestes, de regards furtifs, d’attentes… On ressent les émotions de cette femme qui vit en retrait du monde et des siens, se réfugiant dans la littérature, où elle trouve une certaine forme d’abandon. Celui qu’elle a du mal à faire exister dans le réel.

La vie de Tess, contée entre 1944 et 2002, m’a beaucoup émue. Elle est racontée avec grâce et simplicité. Et je dois avouer qu’elle m’a même tirée des larmes à plusieurs passages. Parce que cette histoire, sans grandiloquence, et évitant les clichés, touche au plus profond des sentiments. Petite fille perdue, jeune femme amoureuse perplexe et abandonnée, mère qui voit son enfant s’éloigner, femme mature qui vit dans la solitude de son appartement. Les différentes périodes de la vie de Tess enchainent les désillusions, comme si le bonheur et l’espoir étaient hors de portée. C’est triste, sobre et profond à la fois. On pourrait s’agacer de tant de malheurs, pourtant jamais Mary Costello ne semble tomber dans l’excès. Elle parle de la vie qui passe, de ces instants où l’on aurait pu capturer le bonheur, mais sans oser le faire.

Ce roman est particulièrement touchant, et le peu de dialogues accentue par ailleurs son aspect silencieux (à l’image de son héroïne) pour capter au mieux les sensations. Je ne m’attendais pas à ce souffle en commençant ma lecture. L’auteur a su me transporter dans son univers, sans fioritures. Elle réussit à faire vivre une galerie de personnages en peu de mots, en peu de gestes. On a l’impression qu’ils sont à la fois présents et absents. Ils semblent parfois s’évanouir dans les pages de ce roman, comme si leur présence dans la vie de Tess était éphémère. Comme si, sans véritable attache, elle laissait filer les liens qui pourraient la relier au monde qui l’entoure. Pour un premier roman, c’est une belle réussite, et une belle découverte, finement récompensé par le Irish Book of the Year il y a deux ans.

« Academy Street » de Mary Costello est disponible aux éditions Points.
189 pages. Avril 2016.

« Academy Street » a reçu le Irish Book of the Year Award 2014.

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