Un Paquebot dans les Arbres

paquebotDans les années 1950, à La Roche Guyon, la famille Blanc a tout pour être heureuse. Odile et Paul, les parents tiennent le café Le Balto, véritable institution de la commune, où tout le monde se rassemble, surtout quand Paul sort son harmonica et fait danser sa fille Annie, 16 ans, qui n’a d’yeux que pour lui. Les deux plus jeunes enfants du couple, Mathilde et Jacques, combattent le sommeil pour participer à la fête. Mais le jour où Paul a un accident, a priori minime, tout s’écroule. On lui découvre une pleurésie, qui se transforme en tuberculose. Il doit passer quelques mois au sanatorium d’Aincourt, loin de sa famille, et de cette communauté, qui l’abandonne peu à peu. A son retour, rejeté par tous, il part vivre à Limay avec les siens. Avant que sa femme Odile ne soit elle aussi diagnostiquée malade. Quand les deux époux doivent partir pour le sanatorium, leurs deux plus jeunes enfants Mathilde et Jacques sont envoyés dans des familles d’accueil. Mathilde mettra alors tout en œuvre pour réunir à nouveau sa famille.

Après le dur et pourtant magnifique « Kinderzimmer » (rappelez-vous, c’était ma Lecture commune sous Anxiolytiques avec ma binomette Galéa), je retrouve Valentine Goby pour son nouveau roman, reçu à l’occasion des Matchs de la Rentrée Littéraire de PriceMinister. Une nouvelle fois, l’auteur fait part d’un sujet grave, où se mêlent non seulement la maladie, la pauvreté et le rejet, mais aussi la dérive et le désarroi d’une toute jeune fille, Mathilde, qui doit porter ce lourd fardeau sur ses très frêles épaules. Elle est celle qui doit jouer le rôle de mère à la fois pour ses parents et son jeune frère, puisqu’elle ne peut pas compter sur sa sœur aînée. Cette dernière a laissé sa famille sur le carreau, pour vivre sa propre vie, sans la moindre contrainte (comme j’ai maudit sa lâcheté). Et Mathilde peut à peine compter sur les habitants de la Roche Guyon, trop frileux pour se mêler à cette famille vaincue par la maladie et la pauvreté. Heureusement, quelques uns restent des appuis, aussi fragiles soient-ils. Mais c’est toutefois la pauvre Mathilde qui subit tout. Jusqu’à l’épuisement total, jusqu’à se sacrifier pour le bien des autres. Mathilde est un personnage qui vit sous la plume de Valentine Goby. Elle est d’un courage impressionnant, d’une force démesurée, d’un amour sans fin pour les siens.

Dans ce roman, tout semble incroyablement réel. C’est l’histoire d’une famille, comme il en existait des millions d’autres à cette époque, et qui a tout perdu. Ce sont des petits commerçants indépendants qui vivent dans l’opulence quand tout va bien. Des gens généreux avec les autres, qui donnent puisqu’ils ont beaucoup de leur côté. Mais qui se retrouvent démunis quand la maladie survient parce qu’ils ne peuvent pas bénéficier de la Sécurité Sociale, au contraire des salariés qui sont couverts, eux. Ce sont alors des gens qui voient le vrai visage des autres à ce moment : la peur de la contagion, la paranoïa autour de la tuberculose qui crée son lot de légendes urbaines et de rumeurs. Des autres qui leur tournent le dos du jour au lendemain. Paul et Odile deviennent alors impuissants, laissés pour compte, dépendants des institutions, même si par à coups, ils gardent une certaine fougue. Comme un baroud d’honneur envers et contre tout. Sans grandiloquence, avec justesse, Valentine Goby raconte cette histoire d’une infinie tristesse et cruauté. Une histoire simple, mais qui pourtant résonne et crève le cœur. Je me demande pourquoi elle est allée lorgner du côté de la guerre d’Algérie en fin du roman, car cela semble parachuté maladroitement dans l’ensemble et cela aurait mérité d’être traité dans un autre récit, pour être plus abouti.

Mais malgré ce bémol, difficile de ne pas voir ici un grand et beau roman. Car, même si de par son sujet, j’aurais aimé y percevoir plus d’émotion (et pourtant, vous le savez, je suis très émotive), j’en perçois évidemment les très grandes qualités. C’est brut et sincère. C’est touchant et triste. C’est grave et profond. C’est plein de lieux que j’ai connus quand j’étais petite (Limay et Fontenay Saint Père où je faisais de la danse, Les Mureaux où mon père est né). C’est plein de gens simples et profondément humains. C’est plein de rage contenue et de courage. C’est plein de vie et d’amour finalement. Malgré tout. Et pourtant c’est beaucoup.

« Un Paquebot dans les Arbres » de Valentine Goby est disponible aux éditions Actes Sud.
268 pages. Août 2016.

« Un Paquebot dans les Arbres » est le roman que j’ai reçu de Price Minister à l’occasion des Matchs de la Rentrée Littéraire :) #MRL16 #PriceMinister

mrl16

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9 réflexions sur “Un Paquebot dans les Arbres

  1. je l’avais aussi demandé et finalement je l’ai réservé à la BM (j’espère fin octobre début nov.), j’adore Valentine Goby dont j’ai déjà lu Kinderzimmer et Banquises – ton avis me confirme que je vais aussi aimer celui-ci ;-)

  2. C’est un de mes romans préférés de cette rentrée littéraire. Je me suis posée la même question que toi sur le fait de parler de l’Algérie à la fin du roman. Je me suis dit que c’était une façon de replacer cette histoire individuelle dans l’Histoire politique et sociale de la France. Mais je crois que je me serais bien passée de ça.

    • Oui, du coup j’ai trouvé ça un peu dommage, un peu amené là mais sans vraie construction. J’aimerais que Valentine Goby en fasse le sujet d’un roman à part, parce qu’il y a beaucoup à dire dessus, et que là, un peu perdu dans cette histoire, ça ne lui rend pas justice.

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