Tristesse de la Terre

tristesse de la terreCE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
« Le spectacle est l’origine du monde. » Créé en 1883, le Wild West Show de Buffalo Bill proposait d’assis- ter en direct aux derniers instants de la conquête de l’Ouest : au milieu de cavaliers, de fusillades et d’attaques de diligences, des indiens rescapés des massacres y jouaient le récit de leurs propres malheurs. L’illusion était parfaite. Par la force de la répétition et le charme de la féerie, le Wild West Show imposa au monde sa version falsifiée de l’Histoire américaine.

Eric Vuillard évoque les débuts du show business, avec son spectacle et ses « acteurs » savamment markétés par Buffalo Bill, son merchandising orchestré avec autant d’opportunisme et l’ambition de faire gonfler le portefeuille. Au détriment des hommes mis en avant dans l’arène. Les termes choisis sont ceux d’Eric Vuillard, qui amplifie tout le côté incongru de l’opération. Où pour survivre, ceux qui ont été détruits n’ont d’autre choix que de faire le simulacre de leur vie. Un simulacre qui cache les horreurs de leur destin, et dans lequel les Américains se sont laissés le beau rôle. Au nom du divertissement et de l’émotion, du plaisir du public qui n’y voit que du feu et croit ce que l’on veut bien lui montrer. Ce qu’Eric Vuillard recadre avec son œil acéré, lui qui met en avant des vies brisées et fait toute la vérité sur l’histoire authentique derrière les coulisses.

Un propos intéressant, qui trouve également son écho dans notre société d’aujourd’hui, où la TV-réalité et le culte de soi, le traitement de l’information et le choix des images, la culture exacerbée du divertissement, peuvent faire ressortir ce qu’il y a de moins bon en l’homme. On sent dans les mots et les intonations d’Eric Vuillard une rage contenue et une certaine tristesse finalement. Ce que rend bien le titre de son roman. Si le texte est court, la démonstration n’en reste pas moins puissante. J’ai l’impression pour autant qu’il manque quelque chose à ce roman pour atteindre complètement son but, et aller plus dans l’empathie. Peut-être est-ce lié au ton de l’auteur, qui justement ne veut brasser aucun pathos, et rester au plus près des faits et de la vérité. Un récit qui fait néanmoins réfléchir et montre que tout n’est qu’illusion. Menant même à la désillusion.

« Tristesse de la Terre » d’Eric Vuillard est disponible aux éditions Babel.
159 pages. Août 2016.

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13 réflexions sur “Tristesse de la Terre

  1. Je n’avais pas accroché – je connaissais l’histoire et le style de l’auteur (rebelote avec son dernier roman) m’a encore « tenu à l’écart » – tu en parles d’ailleurs un peu – je sais qu’il a toujours un message à faire passer mais cette distance entre le lecteur et les personnages me lasse à chaque fois.

      • J’ai eu le même souci avec son dernier roman – trop de distance avec les personnages Et dans son dernier roman le style l’emporte sur l’histoire et chez moi c’est rédhibitoire j’avoue 🙂

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