Chanson douce

chanson douceMyriam et Paul vivent à Paris avec leurs deux enfants, Mila et Adam. Après avoir laissé de côté sa carrière pour être mère au foyer, Myriam souhaite reprendre le chemin du travail. Le couple recherche alors une nounou. Quand se présente Louise, Myriam et Paul savent qu’ils ont trouvé la perle rare. Non seulement Louise séduit les enfants, mais se rend bientôt indispensable dans la maison : elle gère le quotidien avec une efficacité redoutable et une douceur bienveillante. Mais peu à peu elle prend de plus en plus de place. Trop de place, quitte à rendre le foyer étouffant…

Avec son deuxième roman « Chanson douce », Leila Slimani se glisse dans le quotidien d’une famille parisienne, aux abords sans histoire, pour relater tout le cheminement qui a mené au drame. Car dès les premières lignes, dès le premier chapitre, l’auteur dévoile l’issue de son roman. Elle joue cartes sur table, en décrivant le pire. Puis, tel un flashback, elle reprend les faits depuis le début. Pour mieux comprendre et décrire la folie. Pour faire entrer le lecteur dans cette danse terrible et oppressante. Car nous savons comment tout cela se terminera. Reste à savoir comment les pions ont pu être mis en place. Comment l’indicible a pu se produire. Comment personne n’a rien vu venir, et n’a pu l’empêcher.

Ce procédé m’a fait penser au film « A perdre la raison » avec Emilie Dequenne, dont le sujet était assez proche, tout comme le fil narratif. En effet, la conclusion trouvait sa place dès les premières minutes, et le réalisateur s’attachait à comprendre comment l’irréparable avait pu être commis. Les dernières lignes du roman font également penser aux dernières paroles du film. L’ambiance était également semblable, où l’on se sentait étouffer à fur et à mesure que le dénouement approchait. Ici plus on voit le nombre de pages restantes s’atténuer, plus on sait que le pire est proche. Car il faut dire que l’auteur, même en dévoilant ses cartes dès le début, réussit à transmettre un sentiment de malaise et de langueur tout au long de son roman. Elle prend le lecteur dans sa toile, sans lui laisser la moindre chance de lui échapper.

Et elle sait maintenir ses effets. Pour autant, on la sent quelque peu lointaine, quelque peu froide par rapport à ses personnages. On les sent un peu inaccessibles, comme figés sur le papier. Leila Slimani les capte en peu de mots, avec des phrases courtes, où l’on ne sent que trop peu poindre l’émotion ou l’empathie (aussi affreux soit leur sort, je ne me suis pas attachée à Myriam et son mari, qui m’ont souvent agacée dans leur façon d’être et de traiter les autres). Comme si elle était une observatrice extérieure du drame qui se noue, elle laisse le lecteur se faire sa propre opinion sur chacun. Son œil est perçant, la distance qu’elle distille est terrible, car elle ne cherche pas à comprendre. Elle raconte une certaine misère, un certain isolement, elle fait part de préjugés, de petits agacements au quotidien… Mais tout cela finit par exploser. Et pour les voisins, les collègues, cette sorte de souffrance intime reste surprenante, incompréhensible. Chacun s’enferme dans sa propre vie, comme hermétique aux autres, comme démuni face à ce qui les entoure. Mais finalement, ils repartent à leur vie sans vraiment être touchés, simplement soulagés que cela ne les concerne pas directement. Triste constat de notre monde.

« Chanson douce » de Leila Slimani est disponible aux éditions Gallimard.
227 pages. Août 2016.

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8 réflexions sur “Chanson douce

    • Je ne me suis pas sentie concernée par leur histoire. J’ai trouvé ce roman bien construit, brutal, choquant dans les petites piques et les petits gestes du quotidien. Mais il ne m’est pas resté en tête parce que j’en ai perçu trop de distance.

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