Je vous écris dans le noir

jevousécrisdanslenoirEn 1963 à Essaouira, Andrée file le parfait amour avec Jean, qui la demande en mariage. Folle de joie, elle accepte… avant que le doute ne s’insinue. Car Andrée, avant d’embrasser cette nouvelle vie, souhaite livrer à Jean les secrets de son passé. Andrée se prénomme en fait Pauline Dubuisson, et a été emprisonnée pendant 9 ans pour le meurtre de son ancien fiancé, Félix. Alors sur ses cahiers, Andrée se confie sur son histoire et relate les éléments qui l’ont menée au Maroc mais qui lui ont également ôté tout désir de vivre et tout espoir d’être heureuse un jour.

Dans ce récit évoquant la vie (romancée) de Pauline Dubuisson, Jean-Luc Seigle a choisi de se mettre du côté de son héroïne mais aussi de la faire parler à travers sa propre voix. Et on peut dire qu’il se glisse parfaitement dans la peau de cette jeune femme, se livrant avec beaucoup d’émotions et un désespoir latent. Il retrace le parcours de celle-ci et les nombreuses épreuves qui ont jalonné sa vie : la guerre bien évidemment, la perte de ses deux frères, la dépression de sa mère, et la décision de son père qui aura un impact sur son futur. En effet, cet homme qu’elle admire tant, n’hésite pas à la pousser dans les bras d’un médecin allemand, qui lui propose de nombreuses vivres en échange de son travail d’infirmière. Le père sacrifie sa fille pour sauver sa femme, elle qui n’est jamais aussi heureuse que devant ses fourneaux, retrouvant alors une utilité dans son foyer.

Pauline vivra une liaison avec ce médecin allemand, et se verra alors stigmatisée et tondue à la Libération. Ce passage est particulièrement difficile car l’auteur dévoile non seulement la scène de la tonte, où l’on ressent toute la haine d’une population à la recherche de ses coupables, et l’angoisse d’une jeune fille de 17 ans, subissant cette cruelle humiliation. Qui ne sera que les prémices d’une horreur encore plus indescriptible : le viol collectif qu’elle subit, avant que son père ne vienne ensuite la sauver. A partir de ce moment, Pauline semble complètement absente de son corps, comme déjà morte. Elle tentera même plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Alors quand une nouvelle chance s’offre à elle, qu’elle fait ses études de médecine et quitte le foyer familial, et qu’elle rencontre Félix, étudiant comme elle, elle pense être un peu sauvée. C’est sans compter sa confession à son fiancé et le rejet violent de ce dernier… qui la mènera à un acte fatal.

Dans ce roman, Jean-Luc Seigle retient toutes les circonstances atténuantes pour Pauline et on s’attache à ce personnage qui aura souffert toute sa vie, ne récoltant que mépris, humiliation et abandon, même de la part de ceux qui comptaient le plus pour elle. Ce roman est-il proche de la réalité ? L’auteur a-t-il réussi a faire résonner une voix complètement éteinte à l’époque, Pauline Dubuisson ayant été perçue comme une manipulatrice froide et vengeresse ? La vision qu’il donne de cette histoire et de son personnage principal sont dans tous les cas crédibles, et il fait preuve d’une grande finesse psychologique. Que cela concerne Pauline ou encore sa famille, mais également une nation dans ses réactions et ses positions. Bien évidemment, l’auteur prend des libertés avec la réalité (on s’en rend compte quand on lit « La petite Femelle » de Philippe Jaenada, qui, lui, ne romance rien, et rédige cette affaire comme une vraie enquête, très fouillée). Mais quoi qu’il en soit, ce roman est poignant et constitue une belle réussite. Pour autant, je pense que pour y adhérer, il ne faut avoir aucun a priori sur l’histoire de Pauline Dubuisson. Sans quoi, on risque de rejeter les propos et le point de vue de l’auteur.

« Je vous écris dans le noir » de Jean-Luc Seigle est disponible aux éditions J’ai Lu.
255 pages. Janvier 2016.

Je partage cette lecture avec Laure de MicMélo Littéraire dont l’avis est disponible ici.

« Je vous écris dans le noir » a reçu le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016. Je l’inscris alors au challenge d’Enna.

Challenge Enna

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8 réflexions sur “Je vous écris dans le noir

  1. Pingback: Je vous écris dans le noir - Jean-Luc Seigle | Micmélo LittéraireMicmélo Littéraire

  2. Je l’ai lu il y a quelque temps et j’avais beaucoup aimé – l’adaptation ciné en avait effectivement fait une manipulatrice froide mangeuse d’hommes.

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