Je me tuerais pour vous

Seize nouvelles et deux esquisses de scénario constituent ce recueil événement. Car ces écrits de Francis Scott Fitzgerald sont inédits, et dévoilent une nouvelle fois le talent de ce dernier pour narrer les aventures de personnages pris dans les tourments de l’histoire, du cinéma, du monde hospitalier ou encore de la vie étudiante.

Les nouvelles et les romans de Francis Scott Fitzgerald sont toujours un bonheur de lecture, dont je ne me lasse pas. Alors des nouvelles inédites, qui paraissent tout juste chez Grasset en association avec Fayard, c’est forcément un événement littéraire majeur pour moi ! Il faut dire que la plume de Fitzgerald est d’une élégance rare, son sens de la formule toujours juste. On retrouve ici toute la patte de l’auteur pour dévoiler des intrigues aux recettes qui ont fait son succès : le monde étudiant, le faste des soirées New Yorkaises, les situations rocambolesques mais ô combien amusantes. Mais aussi des intrigues qui montrent la profondeur de ses écrits : plusieurs nouvelles ont ainsi pour cadre l’hôpital et son personnel soignant (sa femme Zelda fut internée pendant de nombreuses années), le monde désabusé d’Hollywood (Fitzgerald s’est essayé à l’écriture de scénario en Californie pour joindre les deux bouts), ou encore les conséquences du krash de 1929 et le désarroi de ceux qui doivent revoir leurs aspirations à la baisse. Qu’elles soient drôles, mélancoliques, ou encore dramatiques, les nouvelles de Fitzgerald sont d’une beauté et d’une acuité sans faille. Elles ne sont pas toutes, certes, du même niveau (difficile pour un recueil de nouvelles), mais prennent toutes leur place dans ce recueil et existent pleinement en peu de pages. Il est à noter que deux nouvelles (« Pouces levés » et « Rendez-vous chez le Dentiste ») prennent pour base le même début et qu’un récit abouti avait déjà été publié dans « Love Boats » (peut-être les deux nouvelles citées n’étaient que des « brouillons » que Fitzgerald avaient retravaillés pour arriver au résultat final ?).

Quoi qu’il en soit, ce recueil permet de replonger dans l’univers de l’auteur, de montrer sa finesse d’analyse et sa lucidité dans l’écriture. A la fois tendre et amer, Fitzgerald s’amuse avec ses personnages, qu’il malmène et qu’il rend attachants à chaque fois. Toutes les péripéties vécues par ces derniers ne sont pas toujours crédibles, mais cela importe peu au final. Ce recueil, véritable événement, montre que la nouvelle est un art qu’il n’est pas aisé de maitriser. Et qu’à ce jeu-là, Fitzgerald sait soigner ses récits de bout en bout, des introductions jusqu’aux chutes. Difficile de ne pas se délecter à la lecture de ce recueil, et d’en savourer le caractère rare. Car près de 80 ans après sa mort, il a assurément une saveur toute particulière. Comme novelliste, Francis Scott Fitzgerald se place parmi les plus grands. Si sa vie, tumultueuse, fut une grande source d’inspiration, son talent a fait le reste. Toujours il sait nous emporter jusqu’à la dernière page. Ce recueil ne déroge pas à la règle. C’est un vrai instant de grâce !

« Je me tuerais pour vous » de Francis Scott Fitzgerald est disponible aux éditions Grasset / Fayard.
Mars 2017. 479 pages.

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