L’Autre comme moi

l'autre comme moiTertuliano Maximo Alfonso est professeur à l’université. Un de ces collègues lui conseille de louer un film, pour parer à sa déprime. Mais ce que Tertuliano découvre à l’écran le fascine. En effet, c’est son double parfait qui apparait. L’espace de quelques secondes, presque de façon subliminale. Mais le doute n’est pas permis. Il regarde alors d’autres films mettant en avant cet acteur, et doit se rendre à l’évidence : il existe un autre comme lui. Il se nomme Antonio Claro. Tertuliano part à sa recherche, sans se douter qu’une confrontation entre lui et son double va non seulement bouleverser sa vie, mais également ses propres croyances.

Il y a trois ans, j’ai vu au cinéma le film « Enemy » de Denis Villeneuve, dont Jake Gyllenhaal était le héros (je dois vous avouer qu’il était l’argument principal pour me déplacer ;). Et je crois que je n’avais jamais été autant déroutée par un film : jamais je ne m’étais sentie aussi démunie devant mon écran, car je n’avais pas les billes pour comprendre cette histoire, et surtout toutes les subtilités qui se cachaient derrière sa mise en scène. Avouons-le, j’en suis ressortie en me disant que je n’avais vraiment rien compris et que j’avais beaucoup plus de questions que de réponses. J’ai donc cherché sur Internet le sens de « Enemy ». Plus j’en dénouais les fils, plus j’ai été fascinée par la réalisation de Denis Villeneuve et la virtuosité qui se cachait derrière son film. J’avais envie de le revoir pour mieux décrypter les scènes au fur et à mesure, à la lumière de ce que j’avais lu. Aussi, quand le roman a été réédité chez Points, je me suis dit que c’était l’occasion de voir comment José Saramago avait pensé son intrigue.

Au début, j’admets avoir eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman. Sa complexité est en effet aussi prégnante dans la forme que dans le fond. En effet, l’auteur fait fi de toute ponctuation, ses dialogues s’entremêlent à tel point que l’on peut s’y perdre, et il aligne les (très) longues phrases. En y insérant force détails et digressions. Comme s’il voulait emmener le lecteur dans un tourbillon où son héros et son double se mêlent, quitte à en devenir quelque peu schizophrène. Une fois que l’on s’est habitué à ce style, et plus on avance dans le récit, plus on se dit que c’est malin. Car cela fait travailler d’autant plus notre imagination (et notre réflexion). Comme j’avais vu le film (où la complexité est encore plus grande j’ai l’impression, car le réalisateur y a inclus d’autres subtilités) et beaucoup lu sur ses interprétations, j’ai eu l’impression d’être davantage sollicitée. Je ne me suis pas laissée à lire en me disant que tout se ferait jour à un moment donné (car ce n’est jamais forcément le cas). Et j’ai ainsi relevé des éléments de détail qui donnaient d’autres clés de lecture à cette histoire (le fait par exemple que Tertuliano rédige une note pédagogique pour enseigner l’Histoire des événements les plus récents aux plus anciens pour mieux l’expliquer, nous pousse à faire de même pour ce roman ; qu’il soit déprimé au début ou qu’il veuille rompre avec sa compagne nous interroge sur sa psychologie…).

Mais pour autant, il serait faux de dire que je me suis sentie en totale « maîtrise » de ce récit. Parce qu’il laisse la place à l’interprétation, chacun est libre d’y déceler ce qu’il veut. En tout cas, en parlant de la crise identitaire, d’un homme qui évolue dans une ville où il semble être un anonyme, dans un temps qui semble suspendu, José Saramago joue avec son intrigue et son lecteur. Il distille les indices, mais ne dévoile jamais son jeu. Il stimule l’imagination sans confirmer si l’on va dans le bon sens ou non. Je me suis faite mon interprétation de ce roman (un peu aidée il y a quelques temps, avouons-le). Et vous, saurez-vous vous faire la vôtre ?

« L’Autre comme moi » de José Saramago est disponible aux éditions Points.
348 pages. Août 2014.

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7 réflexions sur “L’Autre comme moi

  1. Je n’ai pas vu Enemy même si j’aime Jake G. et D.Villeneuve, l’histoire m’avait déroutée ! Tu as été courageuse de te saisir ensuite du roman – j’ai déjà lu José Saramago mais je ne l’ai pas terminé (j’ai oublié le titre, mais un virus rend tout le monde aveugle sauf le héros) Je compte le reprendre un jour. Il aime beaucoup ce genre de sujet sur l’identité. Un auteur très respecté. Au final, tu as revu le film après ta lecture ?

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