Le Jour d’avant

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Dans les Rentrées Littéraires, il y a les années paires et les années Chalandon. Lors de ces dernières, c’est forcément vers le nouvel opus de Sorj Chalandon que je me dirige en premier chez mon libraire et que je dévore d’une traite une fois rentrée chez moi. « Le Jour d’avant » n’y fait pas exception. Une nouvelle fois, je suis submergée par la plume de l’auteur, et mes yeux mouillés à la fin du récit ne pourront pas me contredire. On retrouve ici la puissance du sujet (un fait réel, où 42 mineurs sont décédés au fond de la mine de Saint-Amé), une écriture puissante, pleine de rage, d’humanité et de justesse. On ressent dans les pages une ambiance de plomb, un ciel gris, un mal-être latent. Qu’il s’agisse de l’atmosphère, des personnages, des situations, le tout est ancré dans un réalisme saisissant. Chalandon cite plusieurs fois « Germinal » de Zola, auquel on pense forcément au vu du thème.

Ici, on suit Michel Flavent, qui a vécu toute sa vie avec l’ombre de son frère Joseph, dit Jojo. Ce grand frère de 14 ans son aîné, ce modèle de gentillesse et d’humanité. Ce grand frère qui a abandonné la ferme familiale pour devenir mineur. Car dans le Nord-Pas-de-Calais, on est mineur de génération en génération. Même si la mine engloutit les hommes, elle reste pour les familles un moyen de subsistance. Mais en ce 27 décembre 1974, la fosse de Saint-Amé recrache 42 hommes sans vie. A cause de négligences humaines, le coup de grisou tant redouté a été fatal. Parmi les victimes, Joseph. Mais parce qu’il est décédé à l’hôpital, près d’un mois plus tard, il ne fait pas partie des victimes officielles. Il ne fait pas partie de l’hommage national rendu par le Premier Ministre Jacques Chirac sur place. A la douleur de la famille, s’ajoutent l’incompréhension et l’injustice. Et un an plus tard, le père de Joseph et Michel, qui ne peut se remettre du drame, se suicide. Il laisse un mot à son fils : « Michel, venge-nous de la mine ». Il laisse aussi sa femme sans ressources, obligée de céder la ferme à des cousins. Michel, toujours anéanti, fuit à Paris pour tout recommencer. 40 ans plus tard, à la mort de sa femme Cécile, il se décide enfin à revenir sur les lieux de son enfance. Pour se confronter à un passé qui le hante depuis son adolescence. Pour venger son frère, son héros, celui qu’il n’a jamais oublié.

Mais pour ne pas déflorer l’intrigue, qui surprendra le lecteur, il est difficile d’en dire plus. Ce qui est certain, c’est qu’une nouvelle fois, Sorj Chalandon accroche son lecteur dès le début, pour ne plus le lâcher. Il le fait avec le talent et l’humilité qu’on lui connait. Il le fait aussi avec les petites faiblesse qu’on lui connait aussi (une certaine tendance à appuyer un peu trop certains discours, à utiliser la redondance pour faire toujours plus mal). Mais on les lui pardonne toujours (même la vengeance, très tardive tout de même, même si la mort de Cécile joue un rôle de déclencheur). Parce que la force de son récit est là. Elle submerge, elle habite. Chalandon n’a pas son pareil pour raconter les hommes, leurs tortures physiques et psychologiques. Il accompagne ses personnages, les couve, cherche à les protéger, même s’ils restent les maîtres de leur destin. Un destin auquel Aude ne peut rien, malgré un plaidoyer magistral (je vous laisse découvrir le rôle qu’elle joue dans l’histoire, mais quel beau personnage de femme). Encore un roman magnifique et coup de cœur de la part de Sorj Chalandon, qui ouvre ma Rentrée Littéraire de la plus poignante des façons.

« Le Jour d’avant » de Sorj Chalandon est disponible aux édition Grasset.
326 pages. Août 2017.

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10 réflexions sur “Le Jour d’avant

  1. Un coup de cœur ;-) Je n’ai jamais lu enfin j’avais commencé un de ses romans et j’ai abandonné. Eva a eu un avis plus mitigé que le tien (elle adore aussi cet auteur) -tant mieux pour toi !

  2. Comme tu parles magnifiquement bien de Chalandon, petite Sorjette ;)
    J’ai également été très émue par ce roman, par l’empathie ressentie pour cette famille et ce village. Comme toi, j’ai été totalement investie par l’ambiance de ce roman.

  3. Moi je vais passer même si j’aurais bien aimé le lire juste pour partager mes impressions avec toi. Mais je ne suis pas une sorjette (même si Retour à Killybegs est une merveille).

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