Vera

Sonny a 16 ans, et vit dans les quartiers pauvres de Dublin. Quand il n’est pas en cours, il travaille dans la boucherie du centre ville ou aide son père, maçon. Son seul désir : quitter un jour ce pays et sa morosité. Un jour, alors qu’il aide son père à rebâtir le mur d’une maison, il croise le regard de sa riche propriétaire, Vera Hatton. Quand Sonny la rencontre, il est subjugué par sa beauté, et est immédiatement attiré par elle. Il cherche à se rapprocher d’elle, et à la sauver de sa solitude.

Karl Geary est né en Irlande, avant de partir s’installer aux Etats-Unis. De son pays natal, il ne semble avoir gardé qu’une image de ciel gris et d’humeur brumeuse de ses habitants… Car dans son roman, tout semble noir et triste. Sonny ne rêve que de quitter ce monde. Sa mère se tue à la tâche dans une maison où personne ne semble se soucier d’elle. Son père joue sa paie aux courses et reste des heures collé devant sa télé, en grognant pour qu’on lui serve son dîner. Ses trois frères n’ont pas pu poursuivre leurs études et vivotent (d’ailleurs l’auteur ne cherche même pas à développer ces personnages, ne leur donnant même pas de noms, et les traitant comme une masse informe et interchangeable). Alors pour espérer partir, Sonny cache ses économies sous le carrelage de la salle de bain familiale. En attendant, il joue les petites frappes dans son lycée huppé, et se désintéresse des cours. Mais le mal-être est là, latent. Il partage ses cigarettes avec son amie Sharon, qui traine dans la rue, sans se soucier du lendemain. Et puis un jour, il y a Vera, cette femme riche, plus âgée que Sonny, qui cache sa tristesse derrière un sourire de façade, mais dont les yeux éteints révèlent toute la solitude et la souffrance.

Karl Geary est aussi acteur (peu connu chez nous) et scénariste. Est-ce pour cela qu’il emploie le « tu » pour décrire les agissements de Sonny ? Comme s’il lui dictait les gestes à faire et les paroles à prononcer, tel un réalisateur face à un comédien. Un procédé assez perturbant au premier abord, car il casse les codes. Même s’il enlève une certaine proximité face aux personnages, on finit par s’y habituer. Il présente pourtant des êtres que l’on sent loin de nous, comme prisonniers d’un écran. Et pourtant, cela n’empêche pas de rentrer dans l’histoire. Une histoire de deux êtres seuls, et abimés par la vie. Une histoire de deux êtres qui se reconnaissent et se rapprochent. Malgré les qu’en-dira-t-on et les regards désapprobateurs. Malgré la différence d’âge, de milieu social, de valeurs. C’est l’histoire d’une rencontre qui raccroche ces deux personnages à un semblant de vie. C’est à la fois poétique, amer et parfois cru. C’est plein de rage enfouie et d’espoir d’un avenir meilleur. C’est un roman déroutant, qui ne laisse pas indifférent et laisse entrevoir les choses plus qu’il ne les dit. C’est un roman sensible, touchant, un peu inégal, et d’une profonde tristesse.

« Vera » de Karl Geary est disponible aux éditions Rivages.
254 pages. Août 2017.

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8 réflexions sur “Vera

  1. « Il remue pas mal » et le choix du « tu » – deux éléments qui ont tendance à me faire fuir, mais ton sentiment après ta lecture est intéressant. Quel dommage que de ne garder que le gris du ciel quand celui de Nantes est jaune ce soir (info au passage…) j’adore l’Irlande et le soleil arrive à percer ;-)
    Si je le croise en librairie, pourquoi pas ?

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