Crépuscule du Tourment

Quelque part en Afrique Subsaharienne, Dio a fui, après avoir fait preuve d’une violence inouïe. Où est-il ? Est-il encore vivant ? Pourquoi a-t-il commis cette aberration ? Quatre femmes s’interrogent et s’adressent directement à lui comme s’il pouvait les entendre. Il y a Madame, sa mère, qui a elle aussi souffert de la violence de son époux, avant de le chasser de la maison. Il y a Amandla, l’ancienne compagne. Ixora, sa compagne actuelle. Et Tiki sa sœur. Quatre femmes pour autant de destins qui se répondent dans un écho, racontent leur vie, leur famille, leur histoire, sans faux-semblants.

La plume de Léonara Miano est belle, profonde, poétique même. Elle coule avec fluidité, pour raconter le destin de ces quatre femmes. Miano entre dans leur histoire, leur intimité (trop même), les laissant s’exprimer avec leur voix. Des voix pleines de colère, de chagrin et de rancœur. Dans cette nuit d’orage, qui va bouleverser leurs vies, un homme les unit : Dio. Frère, fils, amant, compagnon… il est celui qui cristallise tout. Toutes les haines. Tout l’amour. Toute la déception. Il se s’exprime jamais, ne pouvant pas se défendre. Ou défendre les hommes (il le fera certainement dans la suite de « Crépuscule du Tourment », « Héritage » qui vient d’être publié), qui ne dévoilent ici que le pire existant en eux. Les hommes évoluent ici comme des ombres, responsables de tous les torts, de toutes les souffrances.

A travers la voix des femmes de son roman, Miano met en avant leurs traumatismes, le poids de l’histoire et des traditions, les secrets enfouis… Les drames sont nombreux, l’espoir quasiment absent. Ce sont quatre femmes qui s’expriment, mais au final, c’est comme si elles étaient une. Non seulement elles parlent de la même voix (Léonora Miano utilise le monologue pour chacune, mais ne modifie pas son style selon le personnage qui s’exprime), mais leurs récits se mêlent et s’entremêlent. Leurs destins sont si proches qu’il est difficile de ne pas les mélanger. Il manque alors ce souffle unique propre à chacune. On a également l’impression, que de cette façon, on tourne quelque peu en rond, car des sujets similaires sont évoqués, souvent lourds, souvent délicats, faisant naitre ça et là un sentiment de malaise. Si le style est magnifique, il ne fait ici malheureusement pas tout.

« Crépuscule du Tourment » de Léonora Miano est disponible aux éditions Pocket.
289 pages. Septembre 2017.

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