Station Eleven

Toronto, Elgin Theater. En pleine représentation du « Roi Lear », Arthur Leander s’effondre sur scène, victime d’une crise cardiaque. Cet événement marque le début du monde tel que tous le connaissent : quelques heures plus tard, une pandémie foudroyante fait rage. 99% de la population mondiale n’y réchappe pas. Vingt ans plus tard, une troupe d’acteurs et de musiciens, parcourt la région des Grands Lacs pour faire revivre l’oeuvre de Shakespeare devant des petites communautés de survivants. Dans la troupe, Kirsten a bien connu Arthur, et n’a pas oublié le jour où il est décédé, sur scène, devant ses yeux.

« Station Eleven » commence comme « Contagion » de Steven Soderbergh (pour le côté pandémie qui ravage le monde), et prend ensuite des airs de « La Route » de Cormac McCarthy (enfin, de ce que j’en imagine, mais en moins gore, avec son lot de survivants dans un monde où tout s’est écroulé). Emily St John Mandell fait vivre deux époques dans son roman : celle d’avant et celle d’après cette grippe de Géorgie, qui a modifié la face du monde et a décimé ses habitants. Et elle fait d’Arthur Leander, le personnage principal de son histoire, lui qui va servir de point d’ancrage aux récits de tous les survivants. Ce n’est pas pour rien que ses derniers instants sur scène sont évoqués comme les prémices du roman. Les liens entre les différents personnages vont se faire jour au fur et à mesure du récit et tout va s’imbriquer à mesure que le récit se dévoile, de manière subtile et avec beaucoup de maîtrise de la part de l’auteur.

Le récit s’écoule, à son rythme, et ici il n’est point question de fantastique ou de morts vivants. Il s’agit de l’homme face à lui-même. Face à ses peurs, face à sa propre violence, face à ses faiblesses. Face à ses croyances, face à ce qu’il est prêt à faire pour survivre. Il y a l’homme d’avant la pandémie. Et l’homme d’après.

Dans ce monde post-apocalyptique, les plus jeunes se rappellent à peine de ce que pouvait représenter Internet ou l’électricité, alors que les « anciens » sont nostalgiques d’une époque où tout semblait à leur portée, en un seul geste. Aujourd’hui tous courent les routes, arme au point, craignant les attaques. Car la survie des uns se fait souvent au détriment des autres dans ce monde devenu hostile, d’où toute modernité a disparu. Cela laisse parfois la place à des prédicateurs, pour qui cette fin du monde a un sens, et qui gangrènent des communautés par leur vision négative du monde. Et il y a ceux qui font de Shakespeare et de la culture un rempart contre cette fin du monde annoncée, qui portent un message d’espoir et de poésie là où tout n’est que désolation. Parce qu’un peu de lumière peut finir par jaillir, pour que tout puisse (re)commencer.

« Station Eleven » d’Emily St John Mandell est disponible aux éditions Rivages.
480 pages. Août 2016.

Publicités

6 réflexions sur “Station Eleven

    • Oui je l’avais découverte au Festival ;) J’ai aimé, car j’ai été surprise par le traité de l’histoire. Mais j’ai du mal à en ressortir quelque chose plusieurs mois après ma lecture.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s