Anna Karénine

Russie, fin du XIXe siècle. En voyage à Moscou, Anna Karénine croise le regard du comte Vronski. Beau, jeune, intelligent, il séduit la jeune femme immédiatement. Mais Anna est mariée à Alexis Karénine, un homme droit et froid, dont elle a un fils, Serge. Si Anna résiste, et rentre à St Petersbourg pour retrouver sa vie de famille, elle ne tarde pas à faire le choix du cœur. Elle finira même par tout sacrifier à sa passion, quitte à en payer le prix fort.

Monument de la littérature russe, « Anna Karénine » a été de nouveau sous le feu des projecteurs avec la sortie du film éponyme de Joe Wright (le réalisateur de la version 2005 de « Orgueil et Préjugés ») en 2012. Anna Karénine a repris vie sous les traits de Keira Knightley (une fidèle du réalisateur), Alexis Vronski sous ceux d’Aaron Taylor-Johnson, Alexis Karénine de Jude Law, et Constantin Levine de Domhnall Gleeson. On y croisait également Alicia Vikander (future oscarisée) ou Matthew McFadyen. Un casting en or pour un film trop académique, mais à l’idée créative particulièrement intelligente et originale. Le récit se déroulait en effet dans un théâtre. Car dans « Anna Karénine », chacun a un rôle à jouer, doit à la fois être et paraître, et le rôle des spectateurs a autant de poids que celui des acteurs.

En effet, dans ce roman, difficile pour Anna Karénine de faire fi de son statut et du regard des autres. Stigmatisée, abandonnée de tous, elle croit voir en sa liaison avec le comte Vronski une échappatoire à un mariage sans amour. Certes un mariage avec un homme éminent et qu’elle respecte, mais qui est loin de lui apporter le bonheur auquel elle aspire. Au contraire de Vronski, pour qui elle abandonne tout, même son fils. Anna Karénine est une femme entière, passionnée, intelligente et séduisante, dont la complexité est parfaitement retranscrite par Tolstoï. Et ce n’est pas la seule à avoir une vraie profondeur. L’auteur a particulièrement soigné tous ses personnages. Il réussit même à faire vivre en parallèle deux histoires, avec une belle intensité : celle d’Anna Karénine bien sûr, mais aussi celle de Constantin Levine, propriétaire terrien, homme idéaliste et attachant (que j’ai beaucoup aimé et qui reste trop méconnu). Deux histoires qui s’entremêlent et qui permettent à Tolstoï de mettre également en avant ses idées sur la politique, l’économie, l’éducation, ou encore la religion.

Si l’histoire d’Anna Karénine reste toujours aussi puissante, c’est qu’elle est résolument moderne, terriblement humaine et humaniste, et bien sûr dramatiquement romanesque. Tolstoï montre les failles d’une femme et d’une société entière. Il joue au jeu des sentiments, et met en avant des relations sincères, complexes, ambiguës ou encore superficielles. Anna Karénine fuit sa prison dorée, mais n’enferme-t-elle pas à son tour Vronski dans un univers restreint ? Par peur de perdre celui pour qui elle a tout sacrifié, elle développe une jalousie et un besoin de séduire qui risquent de lasser son amant. Abandonnée de tous pour son mode de vie, elle est stigmatisée dans une société où l’hypocrisie est reine. Si certains de ceux qui l’entourent sont aussi aux prises avec des passions adultères, elle est la seule à avoir suffisamment de courage pour vivre la sienne au grand jour. Femme idéaliste et éprise de liberté, Anna Karénine n’est pas exempte de défauts, et c’est ce qui fait tout son charme. C’est un grand personnage de la littérature russe, qui dépoussière toutes les conventions, et n’a pas pris une ride.

« Anna Karénine » de Leon Tolstoï est disponible aux éditions Le Livre de Poche.
985 pages. Edition de 2012 (publié en 1887).

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10 réflexions sur “Anna Karénine

  1. Oui un des personnages les plus célèbres de la littérature, j’ai vu plusieurs adaptations cinématographiques (dont une avec Sophie Marceau). Il est évidemment dans ma pile à lire mais je suis débordée ces temps-ci pourtant je sais qu’il me plaira même si je ne suis vraiment pas friande des histoire d’amour.

    • Il y a plus que l’histoire d’amour, il y a aussi le questionnement de la femme dans la société, le questionnement sur l’économie et l’agriculture, la culture en général, la politique, la religion… c’est très riche, et pas du tout mièvre.

  2. J’ai beaucoup apprécié ce livre, mais le personnage d’Anna m’a moins touchée que je le pensais. Je trouve que Tolstoï ne la croque pas si bien que ça, Lévine est beaucoup plus travaillé.

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