Zelda et Scott Fitzgerald : les Années vingt à la Folie

« Sans Zelda, Scott Fitzgerald n’aurait jamais pu écrire ses œuvres de fiction. Il a a fait bien plus que baser ses héroïnes sur Zelda : il a recopié ses lettres et ses journaux, il l’a épiée sans répit, il n’a cessé de noter ses remarques, d’analyser et de disséquer ses propos. Les héroïnes féminines de Scott étaient Zelda. Même un individu naturellement pourvu d’une santé mentale robuste n’aurait pu résister à ce traitement et à la tension intolérable qu’il produisait. En réalité Zelda aurait pu cosigner les œuvres de Scott. Sans elle, il n’y aurait pas eu de Rosalind Connage, de Daisy Buchanan, ou de Nicole Diver. » Icône des années folles, symbole de ce que l’on appela aux Etats-Unis « l’ère du jazz », Zelda est une figure mythique de son siècle. Scott Fitzgerald, fasciné, l’épousa à vingt ans, incapable de voir qu’ils se détruiraient l’un l’autre. Kendall Taylor, qui travaille depuis des années sur les Fitzgerald a su retrouver complètement le personnage. « Nous nous détruisions petit à petit, pire encore, nous nous détruisions l’un l’autre » disait Scott de Zelda qui acquiessa, ajoutant « De notre vie, rien ne devait rester. Chacun de notre côté nous nous sommes détruits mais je n’ai jamais considéré que nous nous sommes détruits l’un l’autre. Rien n’aurait pu survivre à notre mode d’existence ».

Voici le postulat de la biographie de Kendall Taylor qui décrit avec détail la vie des Fitzgerald, et tel que l’on peut le trouver sur le site des éditions Autrement. Taylor a accompli un travail remarquable de recherche, que démontrent les centaines de notes qui émaillent chaque chapitre. Elle s’est plongée dans l’œuvre de Fitzgerald, comme le démontrent les nombreux extraits de ses romans. Elle a analysé les lettres, les interviews, les journaux intimes. Elle a cherché la vérité derrière le roman de Zelda « Accordez-moi cette Valse ». Elle a creusé, fouillé, pour offrir la biographie la plus complète qui soit sur ce couple mythique. Mais ici, ce n’est pas tant le tandem Scott-Zelda qui l’intéresse que le personnage de Zelda en particulier. En effet, la biographe décrit avant tout la vie de Zelda. Et comme Scott y est intrinsèquement lié, elle est obligée de l’évoquer. Mais on a l’impression qu’elle ne le porte pas dans son cœur. Qu’il est celui qui a joué le mauvais rôle tout au long de leur relation, qu’il est celui qui a brimé sa créativité, qui l’a enfermée dans un rôle de muse qu’elle ne souhaitait pas, qu’il lui a fait payé ses infidélités alors que lui ne se privait pas pour avoir des liaisons. Qu’il est celui qui l’a faite sombrer dans la dépression et la schizophrénie. Est-ce totalement vrai ? On sait qu’à chaque fois qu’il faut parler des Fitzgerald, deux camps s’affrontent : les pro-Zelda et les pro-Scott. Et que des deux côtés, on incrimine l’autre et on l’accuse de tous les maux. A ce petit jeu, Kendall Taylor ne déroge pas à la règle.

Et je dois avouer que le constat est dur à lire. Car je n’arrive pas à croire que Scott Fitzgerald puisse être aussi calculateur, méprisant, et tellement avide de réussite qu’il manipule sans cesse sa femme à dessein. Je n’arrive pas à croire à un portrait aussi négatif. Et j’avoue que je n’ai pas envie de le croire. Comment un homme, si lucide et honnête dans ses écrits, pourrait en être si dépourvu dans la vraie vie ? Car si je suis pro-Scott, je ne suis pas anti-Zelda. Loin de là. J’imagine que leurs souffrances communes trouvent leurs sources dans leurs failles à tous les deux. Les différentes biographies du couple offrent des clés de lecture différentes, avec toujours un parti-pris, qui ne laisse pas de place au partage des fautes. Kendall Taylor nous offre un document d’une grande richesse, avec un grand soin apporté au détail (elle va même jusqu’à décrire les différents traitements médicaux subis par Zelda, parfois c’est un peu trop), mais elle prend aussi parti. Son regard est-il objectif ? Là est une autre histoire… et vous qui me connaissez (et qui connaissez ma passion pour l’œuvre de Scott Fitzgerald, les années vingt et l’histoire de ce couple), vous vous doutez bien que je ne saurais m’arrêter à cette version ;)

« Zelda et Scott Fitzgerald : les Années vingt à la Folie » de Kendall Taylor est disponible aux éditions Autrement.
511 pages. Octobre 2012.

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4 réflexions sur “Zelda et Scott Fitzgerald : les Années vingt à la Folie

  1. Oh oui, je te comprends ! C’est vrai que les écrits autour des Fitzgerald sont toujours pro Zelda ou pro Scott alors que dans les faits, ce sont deux êtres autonomes qui ont choisi de s’unir et il faut être deux pour qu’une relation marche ou s’écroule. Et tu dis qu’elle soupçonne Scott d’avoir « provoqué » sa maladie mentale ? La maladie mentale ne se donne pas ou ne s’attrape pas, on l’a porte en soi et la schizophrénie se déclare chez l’individu sans l’aide de personne. Idem pour la dépression, des facteurs externes peuvent être à l’origine (le travail, la pression…) mais c’est toujours l’individu qui la porte. Zelda pouvait le quitter, elle ne l’a pas fait. On peut lui reprocher d’avoir jalouser le talent de sa femme, de ne pas l’avoir soutenue, etc.. Je pense à Gabriële et à ces femmes qui se sacrifient pour l’être aimé – c’est un choix qu’elles font de s’effacer. J’imagine que tu as eu parfois envie de jeter ce livre même s’il fourmille d’informations …

    • Merci pour ton message :) Quand je lis le livre, j’ai vraiment l’impression que tout est de la faute de Scott, qu’elle l’incrimine pour tout et franchement, cela me dérange. Je suis d’accord avec ton point de vue, et je t’avoue que j’ai été souvent très agacée par les accusations portées par l’auteur. Je ne dis pas qu’il était parfait, loin de là (ce n’est pas comme si je l’avais moi-même connu ;), mais là, c’est quand même un peu fort, tant rien ne lui est épargné…

  2. Le débat semble très passionné concernant ces deux-là. J’ai acheté ce livre quand j’ai découvert Scott, mais j’ignorais qu’il s’agissait d’une biographie à charge. J’avais eu un peu la même réaction en lisant la biographie de Virginia Woolf par Viviane Forrester, qui fait de Leonard un vrai sale type. Clairement, Leonard n’était pas le saint décrit par certains biographes, mais les travaux plus nuancés semblent refléter davantage la réalité.

    • Moi non plus je ne savais pas que cela allait être un récit à charge et j’avoue que cela m’a particulièrement énervée. J’ai l’impression que tout le monde choisit son camp et détruit toujours l’autre. Je pense que les torts étaient partagés des deux côtés… mais c’est certainement ce mystère qui rend le couple si captivant.

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