No Home

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.

La structure de « No Home » me fait penser à celle de « Les douze Tribus d’Hattie » d’Ayana Matis. On y suit en effet sur plusieurs générations les destins d’une famille afro-américaine, où chaque chapitre est l’occasion de donner la parole à un personnage et de suivre un moment qui a bouleversé sa vie. Le récit de Yaa Gyasi suit ces hommes et ces femmes dont la vie est non seulement liée à leurs origines et à leur couleur de peau, mais aussi aux rencontres qui vont déterminer le destin de leurs descendants. Sur deux continents et à travers trois siècles d’histoire, l’auteur entremêle les destins de ses personnages, de façon maitrisée, fluide et ô combien puissante. L’arbre généalogique en début de roman permet de s’y retrouver dans la galerie de personnages, et de comprendre leurs liens de parenté, mais aussi la période à laquelle chacun apparait. On s’y réfère à plusieurs reprises pour bien suivre le fil de leur histoire.

L’ensemble est rédigé avec une belle aisance, et la portée des messages est d’une grande profondeur. Yaa Gyasi évoque non seulement l’esclavage et le racisme, mais aussi la complexité du rôle de certaines tribus africaines et les relations entre les Anglais et les jeunes femmes qu’ils ont soustrait à leurs familles. A travers les époques, on voit les mœurs et leur évolution, les combats qui sont menés, les petites victoires et les grandes injustices, les liens de la fratrie et la force des émotions. L’auteur fait preuve d’une belle maturité et évite tout manichéisme. L’ensemble est souvent terrible, poignant, intense et je peux comprendre pourquoi certains rapprochent ce récit de la grande Toni Morrison. En espérant alors que Yaa Gyasi puisse rencontrer le même succès que la célèbre romancière américaine !

« No Home » de Yaa Gyasi est disponible aux éditions Calmann-Lévy.
450 pages. Janvier 2017.

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7 réflexions sur “No Home

  1. Je l’ai emprunté il y a des mois mais débordée, je l’ai rendu .. et depuis je le croise souvent mais mon agenda est plein. Néanmoins, je vais essayer de lui réserver une petite place cet été ;-)

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