Le Déjeuner des Barricades

Paris, 22 mai 1968. Alors que la France est paralysée par les grèves et frappée par une violence contestataire qui sévit dans les rues, le Palace Le Meurice s’apprête à vivre une journée extraordinaire. Depuis le matin, les employés ont pris les rênes de l’hôtel et doivent décider si le déjeuner de remise du prix littéraire Roger-Nimier doit être maintenu. Et si oui, tous les membres du jury pourront-ils s’y rendre ? Ou faudra-t-il compter sur des invités imprévus pour remplir la salle de réception que les personnalités les plus riches se sont mises à fuir ?

J’avais découvert Pauline Dreyfus avec son précédent roman « Ce sont des choses qui arrivent » et j’avais aimé son ton caustique et cynique, sa façon mordante d’égratigner l’aristocratie française, et de jouer sur les situations pour mettre en avant la superficialité de cette dernière. Dans « Le Déjeuner des Barricades », on retrouve cette plume élégante et pleine de verve, où l’auteur s’amuse à croquer des personnages, parachutés dans une journée pas comme les autres. On y côtoie ainsi une organisatrice de prix littéraire milliardaire qui se noie dans les bulles de champagne pour oublier que ses billets de 50 francs n’ont plus le pouvoir escompté, un jeune Patrick Modiano perdu dans le monde littéraire, ou encore un gentil notaire de Province parachuté sur place et qui vit intensément cette aventure inespérée. Ces « clients » de l’hôtel sont entourés par le personnel de ce dernier, qui a pris les pleins pouvoirs du lieu, et qui découvre les aléas de cette nouvelle organisation. Les moments cocasses se succèdent, sans que Pauline Dreyfus n’en fasse trop, et offrent souvent une lecture bien plus profonde que ce que l’on pourrait croire.

Car dans cette France où la grogne fait tellement rage que le Gouvernement est sur le point d’imploser, où les étudiants se mobilisent et se défendent à coups de pavés contre l’ordre établi, la situation est plus grave que ne laisse envisager l’atmosphère feutrée du Meurice. Et pourtant ce lieu permet également, via ses personnages, d’aborder la situation à travers différents prismes. L’ensemble est juste, pertinent, propre à la réflexion. Dreyfus fait coexister des personnages réels (comme Modiano ou Dali) et des personnages fictifs avec une belle maîtrise. Son roman se lit avec l’urgence de savoir comment cette journée va bien pouvoir se terminer. Le décor de l’hôtel, qui permet de jouer sur le huis-clos, nous donne l’impression de suivre chaque personnage, caméra à l’épaule, avec énergie. Une belle réussite qui donne envie de découvrir les autres écrits de Pauline Dreyfus.

« Le Déjeuner des Barricades » de Pauline Dreydus est disponible aux éditions Grasset.
234 pages. Août 2017.

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2 réflexions sur “Le Déjeuner des Barricades

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