Et soudain, la Liberté

Indochine, Nouvelle Calédonie, France et ensuite Cuba… Lucie a vécu sur plusieurs continents, au gré des missions de son père, puis de ses convictions politiques. Mais à chaque fois, avec ce désir d’indépendance et de liberté. Si dans les années 1950, elle a observé ses parents et a tenu la place qu’on lui a imposée, elle a découvert par la suite ce que cela signifie d’être une adolescente et une jeune femme dans une France qui remet en cause les diktats. Sa mère Mona, que Lucie considère comme un véritable modèle, en est le plus bel exemple. Après des années sous l’emprise d’un époux autoritaire, elle a décidé de voler de ses propres ailes pour devenir la femme qu’elle souhaitait être.

En février 2017, Evelyne Pisier, qui travaillait à son roman relatant l’histoire de sa mère, décède des suites d’une longue maladie. Caroline Laurent, son éditrice, décide de terminer le manuscrit qu’elles avaient commencé à travailler ensemble. Par désir de mémoire, par amitié, par passion pour l’histoire qu’elle souhaitait raconter. C’est donc avec ses doutes et par sa volonté de rendre hommage à son amie qu’elle prend la plume pour rédiger cette histoire. Celle d’une femme amoureuse de l’amour et de la vie. Mais surtout celle d’une femme éprise de liberté, qu’elle découvre tardivement. Et celle de sa fille, Evelyne, sous les traits de Lucie, qui a suivi le même chemin.

Si Evelyne Pisier souhaitait un roman pour raconter leur histoire, les choix narratifs de Caroline Laurent en font davantage une biographie, teintée de romanesque. En effet, elle entrecoupe les chapitres de son histoire personnelle, de sa relation avec Evelyne Pisier, de ses doutes en tant qu’éditrice. Elle crée une vraie scission entre l’histoire et ses « coulisses », ce qui rend le récit moins fluide et plus concret. Si je salue l’exercice (il a dû être en effet terriblement compliqué aussi bien moralement que littérairement de raconter la vie de son amie), je reste cependant perplexe face à ce procédé. Pour moi, il a été plus difficile de rentrer dans l’histoire, puisque l’on me disait le chapitre suivant que les personnages n’avaient pas ces prénoms dans la réalité, que telle action a été inventée, de même que tel personnage, etc.

Ainsi, je ne me suis jamais vraiment sentie happée par le récit et par ces combats de femmes pour leur indépendance. Je n’ai pas senti ce souffle romanesque, cette puissance de caractère, j’ai trouvé que cela manquait de ce quelque chose en plus qui bouleverse et qui laisse les émotions prendre le dessus. Dans ce genre de récits, si la vérité historique n’est pas respectée, s’il y a des approximations ou des tentatives pour deviner ce qui a bien pu se passer, cela ne me dérange guère, car cela est fait sous le sceau du roman. Ici l’exercice est complètement différent et déstabilisant. L’ensemble est quelque peu hybride, et si le style est plutôt agréable et assez touchant, il n’empêche que l’ensemble manque de force et de conviction. On reste trop sur le côté un peu fleur bleue, parfois un peu fade. Dommage.

« Et soudain, la Liberté » d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent est disponible aux éditions Les Escales.
448 pages. Août 2017.

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6 réflexions sur “Et soudain, la Liberté

  1. j’aime me promener sur votre blog. un bel univers. Très intéressant et bien construit. Vous pouvez visiter mon blog récent ( lien sur pseudo) à bientôt.

  2. J’ai aimé cette lecture pour tout le côté historique (surtout sur l’Indochine, la colonisation) , j’ai également moins aimé la forme hybride de ce récit et j’avais été troublée tout du long par l’absence dans ce récit autobiographique de la célèbre soeur, actrice …

    • Oui, et je t’avoue que la narration m’a empêchée de vraiment m’intéresser au récit, j’ai été pas mal agacée et frustrée, et compte tenu du sujet, je trouve cela dommage.

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