L’Enfant perdue

Elena est devenue une auteure à succès et a retrouvé son amour de jeunesse Nino. Elle ne tarde pas à quitter son époux Pietro et Florence, pour partir vivre avec lui à Naples. Si cette passion l’éloigne de ses deux filles, Dede et Elsa, elle lui fait également perdre toute envie d’écrire. A Naples, elle retrouve non seulement les anciens amis et ennemis du quartier, mais aussi Lila, qui a monté son entreprise en informatique avec Enzo. Si Elena s’était éloignée de Lila pour reprendre une certaine forme d’indépendance, son retour va bouleverser leur amitié.

« L’Enfant perdue » est le quatrième et dernier volet de la saga napolitaine d’Elena Ferrante. Cette fois-ci, on retrouve nos deux héroïnes pendant les années 80, et on les suit jusqu’au début des années 2000. Elena et Lila ont construit leur vie de femmes loin l’une de l’autre. Si Lila souhaite reprendre le contact avec son amie, Elena sent bien que cette amitié, souvent toxique, a pu lui faire du mal. A son arrivée, elle rechigne donc à se lier de nouveau avec Lila, à laquelle elle s’est toujours sentie inférieure et qui lui avait même « volé » celui qu’elle aimait, Nino. Si désormais Elena semble tenir sa revanche, rien, bien sûr, n’est simple. Nino accumule les absences et son comportement semble parfois ambigu. Lila conserve tous ses mystères et Elena sent bien que les déséquilibres de leur amitié se font toujours en sa défaveur. La famille Greco montre bien à son ainée qu’elle n’a plus vraiment sa place. Les relations avec Pietro, son ex-mari sont souvent tendues, et Dede et Elsa ont un comportement souvent difficile, se sentant négligées par leur mère. Une nouvelle fois, Elena Ferrante évoque brillamment la psychologie de ses personnages, et leur attribue à chacun comportements et pensées très réalistes. Quitte à parfois nous rendre certains agaçants (et particulièrement Nino, qui ne cesse de nous décevoir, comme peut décevoir celui qui a été idéalisé depuis l’enfance).

Et puis, outre les relations familiales et les amitiés qui résistent au temps, il y a aussi cette peinture de la Naples avec ses violences, et celle d’une époque politique mouvementée. Dans son écriture, Ferrante mêle ainsi une langue subtile et élégante (à l’image de la nouvelle Elena) et un dialecte plus cru (à l’image de ce quartier de l’enfance d’Elena). Ferrante lie alors la petite et la grande histoire, avec ses complexités, ses trahisons, ses combats, ses mensonges et ses non-dits. Elle fait aussi poindre les petits moments de bonheur et accompagne ses personnages sur le chemin qui les mène à la maturité. Si une nouvelle fois, j’ai aimé le personnage d’Elena (notre narratrice aurait-elle des traits en commun avec l’auteure qui se cache sous le pseudonyme d’Elena Ferrante ?), celui de Lila m’a encore souvent agacée. Son côté souvent manipulateur et son agressivité sont les points de son caractère qui me restent le plus en mémoire. Et pourtant, cette fois-ci, elle fait preuve d’une plus grande humanité, en étant un vrai appui pour Elena. Mais ses travers ressortent encore et toujours, donnant à son amitié avec Elena des pans toujours plus complexes et plus sournois que l’on ne pourrait croire. Ferrante termine son œuvre en nous séduisant toujours (mais moins que dans les précédents opus), et on pourra lui pardonner les quelques longueurs qui jalonnent les 550 pages de cet épilogue. Car elle nous livre une page de l’Italie vivante, bruyante, tumultueuse, et ô combien passionnante.

« L’Enfant perdue » d’Elena Ferrante est disponible aux éditions Gallimard.
550 pages. Janvier 2018.

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