Contes de l’Age du Jazz

Des folles soirées des années vingt où l’insouciance le dispute à la cruauté aux récits fantaisistes ou fantastiques que sont Un diamant gros comme le Ritz ou L’étrange histoire de Benjamin Button, il est ici question d’amours et de bonheurs éphémères, de situations comiques autant que de mélancolie. Car F. Scott Fitzgerald sait lier tragique et gaieté cultivant, comme dans Premier mai, le désenchantement avec légèreté ou choisissant le registre bouffon pour évoquer la cour d’un jeune homme à une coquette écervelée. Dans ces onze nouvelles écrites entre 1916 et 1922, parmi lesquelles figurent certains de ses chefs-d’œuvre, il dévoile l’étendue et la variété de ses talents.

Les nouvelles de ce recueil ont été écrites alors que l’auteur avait entre 20 et 26 ans. Une période florissante et tourbillonnante pour Fitzgerald, où il vit dans l’euphorie du succès et dans celui des fêtes. De plein pied dans le Jazz Age. De plein pied dans un monde où l’insouciance se dispute à l’impression que rien de grave ne peut arriver, et que si tel est le cas, il faut noyer sa mélancolie dans une flûte de champagne. Mais à ce petit jeu, Fitzgerald n’est pas dupe. Aussi, ses nouvelles se teintent toujours de deux facettes. La joie et la mélancolie. La légèreté et la gravité. Mais avec un style d’une élégance rare et un regard doux-amer qui fait tout passer avec le sourire. Même quand il tente la nouvelle un peu fantastique (« Un Diamant gros comme le Ritz » ou « L’étrange histoire de Benjamin Button » dont le film avec Brad Pitt ne reprend rien, si ce n’est une certaine idée de départ) ou l’anecdote de soirée complètement loufoque (« Le chameau qui en avait plein le dos »), Fitzgerald réussit à inclure de la profondeur dans ses récits.

Il donne une vraie tonalité à chacun d’eux, fait exister des personnages tantôt attendrissants tantôt horripilants, mais qui ne laissent jamais indifférents. Il fait glisser les mots avec légèreté et grâce, entrainant le lecteur dans des récits qu’il maitrise du début à la fin. Avec toujours ce don de la chute bien amenée, qui offre la conclusion parfaite à ses récits (et cela n’est pas toujours évident dans les nouvelles). Inspiré, Fitzgerald est un témoin au regard lucide, dont l’œuvre agit comme le miroir d’une époque. Une œuvre riche et plus complexe que ce que l’on pourrait croire, où l’auteur met beaucoup de lui-même. En effet, il s’inspire de sa vie, de son état d’esprit pour construire ses nouvelles. Et pour ceux qui ont lu des biographies sur sa vie, il sera aisé de faire le lien entre fiction et réalité (même si bien évidemment les deux se confondent, nous amenant à nous demander où se situe la frontière). Dans tous les cas, lire Fitzgerald est toujours un plaisir évident, son talent transpirant à chaque page.

« Contes de l’Age du Jazz » de Francis Scott Fitzgerald est disponible aux éditions Folio.
448 pages. Edition de Janvier 2014.

« Contes de l’Age du Jazz » fait partie de ma sélection pour le Mois Américain, organisé par Martine.

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