Tu t’appelais Maria Schneider

Vanessa Schneider est journaliste. C’est aussi la cousine de Maria Schneider, célèbre pour avoir fait face à Marlon Brando dans le sulfureux « Dernier Tango à Paris » de Bernardo Bertolucci. Ce film, la jeune actrice de 19 ans le portera comme un fardeau toute sa vie, elle qui fut broyée par le succès, le scandale et les médisances qui vont de pair. Ce film ne fut pas la seule blessure de Maria Schneider : elle a perdu sa mère à 15 ans et elle n’a jamais été reconnue par son père, acteur qui profitera de cette paternité seulement aux moments opportuns. Si les fêlures sont là, c’est le film de Bertolucci qui la marquera à jamais, ainsi que sa carrière. De par la violence de son tournage et d’une scène en particulier, dont les dessous ont fait grand bruit en 2016. Maria Schneider fut elle aussi une des victimes du pouvoir des hommes de cinéma. Le scandale Weinstein aura été un des derniers épisodes pour complètement permettre de délier les langues.

C’est dans ce contexte que sort aujourd’hui « Tu t’appelais Maria Schneider », où Vanessa Schneider célèbre son illustre cousine, leur complicité malgré la dizaine d’années d’écart, la fragilité et la cruauté du monde du 7e art où Maria Schneider a été enfermée dans un type de rôles. On sent l’émotion de l’auteur derrière les mots, on sent la volonté de rendre hommage. Mais on sent également comme un certain malaise. A force de redites, on a l’impression de faire plusieurs fois le tour d’un épisode catalyseur, et que le reste ne sert que de faire-valoir. Comme si Vanessa Schneider ne savait pas quoi raconter d’autre, comme si sa cousine restait une étrangère pour elle aussi. Pour ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas Maria Schneider et n’ont pas vu « Le dernier Tango à Paris », il est difficile d’entrer véritablement dans le récit. On perçoit ce que Vanessa Schneider dénonce, mais on se sent étranger à ce destin.

Reste alors une réflexion sur le monde du cinéma, sa brutalité, non seulement par les actes de certains mais aussi par son pouvoir de destruction des plus fragiles, des moins entourés. De ceux qui n’ont pas forcément les armes pour ne pas se faire dévorer par le système. En ressort aussi une peinture des années 70 et 80, de ses envies de liberté, d’indépendance, mais où certains jugements liés au passé ont la vie tenace. Et au milieu, il y a Maria Schneider, comme le symbole sacrifié sur l’autel de la célébrité. Comme celle qui ne peut plus s’exprimer aujourd’hui pour donner sa version des faits.

« Tu t’appelais Maria Schneider » de Vanessa Schneider est disponible aux éditions Grasset.
256 pages. Août 2018.

« Tu t’appelais Maria Schneider » fait partie de la Sélection de Septembre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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