La Disparition d’Adèle Bedeau

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.
Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.
Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes.

Dans sa préface, Graeme Macrae Burnet nous annonce que « La Disparition d’Adèle Bedeau » est un roman sorti en 1982, et première tentative littéraire d’un jeune auteur de Saint-Louis en Alsace : Raymond Brunet. Cette publication aurait pu rester discrète, si le réalisateur Claude Chabrol n’en avait réalisé une adaptation sept ans plus tard avec Isabelle Huppert. Le destin tragique de l’auteur, ainsi que la mythologie du roman sont autant de bons prétextes pour que Burnet en réalise aujourd’hui la traduction en anglais, qu’il laisse un large public découvrir. Mais voilà, rien de ceci n’est réel : ni Raymond Brunet (dont le nom est assez proche de Burnet), ni le film de Chabrol avec Isabelle Huppert. Vous ne retrouverez pas non plus trace du « vrai » roman des années 1980, car l’original est bien celui de Burnet que vous tenez entre vos mains. Alors pourquoi tant de mystères ? Peut-être qu’à sa sortie en 2014 en Ecosse, le roman a bénéficié d’une campagne de publicité laissant planer le doute. Mais en 2018, nulle opération de cette envergure en France pour continuer le suspense (et d’ailleurs il aurait été étrange d’avoir une version traduite en français d’une version d’un roman français lui-même traduit en anglais… vous me suivez toujours ?).

Quoi qu’il en soit, difficile de comprendre l’intérêt de cette préface qui distribue dès le début toutes les cartes, et qui annonce déjà la conclusion du roman pour qui saura lire entre les lignes. Dommage car cela gâche une partie des rebondissements de fin, que l’on pressent alors longtemps à l’avance. Reste alors un jeu du chat et de la souris qui s’installe entre Manfred Baumann et Georges Gorski. Deux personnages complets et complexes qui se font face, se jugent et cherchent à s’apprivoiser. D’un côté, il y a Manfred Baumann, secret et solitaire, presque asocial, qui décide de son comportement par rapport aux interrogations qu’il croit déceler chez ses interlocuteurs. Une attitude qui le place directement comme suspect pour Gorski alors qu’il n’a, a priori, rien à cacher à propos de la disparition d’Adèle Bedeau (une attitude très agaçante pour le lecteur). Et de l’autre côté, il y a Georges Gorski, inspecteur intelligent mais qui s’est laissé enfermer dans un mariage malheureux et une carrière sans ambition. La disparition de la jeune Adèle pourrait être un tournant dans sa carrière et surtout sa revanche sur un meurtre non élucidé quelques vingt ans auparavant. Autour d’eux gravitent des patrons de bar bourrus, des femmes très entreprenantes, des collègues moqueurs ou sans aspérités, et une brochette de concitoyens peu enclins à l’empathie.

Graeme Macrae Burnet place son intrigue dans la petite ville sans charme de Saint-Louis, où la routine bien installée des protagonistes fait partie des repères immuables que la disparition d’Adèle Bedeau va faire voler en éclats. L’auteur s’amuse à désorienter ses personnages mais n’arrive pas à manipuler son lecteur, qui suit cette intrigue sans grande tension, et même avec un certain ennui. Pourtant l’ensemble est relativement bien mené. Le roman est davantage centré sur la psychologie de ses personnages que sur la teneur de l’enquête. Dommage qu’on n’éprouve que peu d’empathie pour les protagonistes de cette histoire, mis à part Gorski, qui semble finalement le plus humain et sensible de tous. Mais cela est loin d’être suffisant pour remporter l’adhésion et nous empêcher de pester contre des personnages souvent mous et agaçants.

« La Disparition d’Adèle Bedeau » est disponible aux éditions Sonatine.
282 pages. Août 2018.

« La Disparition d’Adèle Bedeau » fait partie de la Sélection de Septembre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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2 réflexions sur “La Disparition d’Adèle Bedeau

  1. Je me demandais comment il t’était arrivé entre les mains, le Prix Elle .. oui et bien tous tes bémols agissent bien comme répulsifs chez moi

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