Ici les Femmes ne rêvent pas

Rana Ahmad vit en Allemagne depuis deux ans au début du récit. Elle cherche à conserver un certain anonymat, par peur des représailles. Et on comprendra bien dans la suite du récit pourquoi. Elle étudie la physique à Cologne, et se sent libre pour la première fois de sa vie. Mais pour y arriver, elle a dû consentir à de nombreux sacrifices, le premier étant d’avoir laissé son père derrière elle, dans son pays d’origine : l’Arabie Saoudite. Car dans ce récit d’une évasion, c’est un vrai témoignage à charge que réalise Rana Ahmad.

Quand elle fait un retour en arrière sur les raisons qui l’ont poussée à quitter son pays, elle ne cache rien. Rien de la condition des femmes en Arabie Saoudite. Rien du comportement ignoble et innommable de certains hommes. Qui souvent font même partie de l’entourage proche de ces femmes qui sont maltraitées, violentées, bafouées, humiliées, traumatisées. Même parfois emprisonnées voire tuées pour des raisons qui sont complètement aberrantes à notre regard occidental.

Si par certains aspects, l’Arabie Saoudite est un pays moderne, quand il s’agit de la place des femmes et leur considération dictées par la religion, il reste englué dans un archaïsme total. Et terrifiant. L’histoire de Rana Ahmad en est un bon exemple, et malheureusement, il n’est pas isolé. Et encore, elle a grandi avec un père protecteur et bienveillant. Mais qui semble sa seule bouée de sauvetage, car elle ne peut pas compter sur sa propre mère ou encore sur ses frères et sœurs, qui sont aussi impitoyables que les autres. En racontant son histoire, elle nomme l’indicible, elle montre l’impensable.

Que de courage il lui a fallu pour fuir, pour se reconstruire et pour témoigner. Car non seulement elle raconte l’avant, mais elle raconte également l’horreur de la vie de migrant. Son récit met mal à l’aise, il fait réfléchir, il nous met en colère, il donne envie de faire bouger les choses. Si ce témoignage est accablant et terrifiant, si on ne peut que saluer le courage de Rana Ahmad, il manque ce petit quelque chose au niveau de l’écriture pour nous rendre cette femme forte moins distante.

« Ici les Femmes ne rêvent pas » de Rana Ahmad est disponible aux éditions Globe.
297 pages. Octobre 2018.

« Ici les Femmes ne rêvent pas » fait partie de la Sélection d’Octobre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s