Dura Lex

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
A la fin des années 1980, Kwame Diggs, le plus jeune tueur en série de l’histoire, a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles avec des couteaux de cuisine avant même d’être en âge de conduire. Lors de son arrestation, il y a dix-huit ans, le Code pénal de Rhode Island prévoyait que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, soit libéré à vingt et un ans. Il devrait donc être sorti de prison depuis des années mais il est toujours derrière les barreaux, à cause de condamnations supplémentaires pour possession de drogue et agression de deux gardiens. Le fait que ces accusations soient montées de toutes pièces est un secret de Polichinelle, mais ça ne gêne personne, et surtout pas Liam Mulligan, journaliste qui avait enquêté pour le Dispatch à l’époque des faits et qui redoute d’autres meurtres si le tueur est remis en liberté. La direction du journal, en revanche, n’est pas du même avis : si l’administration n’est pas inquiétée pour ce coup monté contre un tueur, elle pourra se permettre le même type d’agissements avec n’importe qui. Peut-on prendre des libertés avec la loi au nom de la sécurité ? C’est autour de ce dilemme éthique que le journal, et l’opinion, se déchirent. Liam Mulligan, de son côté, reprend ses investigations et se lance dans une course contre la montre pour maintenir le criminel en détention. Parce que si le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l’éthique risquent de se retrouver dans le même camp : celui des proies.

« Dura Lex » est le 3e roman où le journaliste d’investigation Liam Mulligan apparaît. C’est la première fois que j’en entends parler et j’avoue avoir été agréablement surprise par ce polar. En effet, le héros n’est pas policier, mais il n’empêche, pour faire avancer son enquête, qu’il soit en relation avec les forces de l’ordre. Il côtoie également des procureurs, des gouverneurs, des avocats. Il doit faire aussi face à une facette de son métier, directement issue de la législation américaine : le 1e amendement. Celui de la liberté de la presse. Celui qui donne le droit à cette dernière de mettre en lumière la vérité, sans être muselée par des autorités supérieures. Mais ici le faire, c’est potentiellement mettre en danger les citoyens. C’est potentiellement remettre en liberté un homme toujours dangereux, qui n’hésiterait pas à tuer de nouveau, et avec une violence crue inouïe. C’est là une des questions, éthiques, du roman : faut-il dévoiler la vérité à tout prix ? Ou quand la justice comporte des failles, faut-il tout faire pour éviter de relâcher un potentiel récidiviste ? Les opinions des uns et les valeurs des autres s’affrontent ici. Chacun prend position avec ses arguments, son expérience des faits et de la vie, sa foi en l’âme humaine ou sa méfiance. Quel que soit son camp, on se sent tour à tour désabusé, voire stupéfait ou agacé par les agissements de certains personnages… Car dans cette lecture omnisciente, on découvre la nature réelle de Kwamé Diggs… et on peut dire qu’elle fait froid dans le dos.

Bruce DeSilva met en place un polar, qui a des allures de course contre la montre entre deux univers qui s’opposent. Il fait vivre des personnages très réalistes avec chacun leur regard sur la société. L’univers de la presse avec ses jeunes loups (Mason) et ses vieux baroudeurs (Mulligan), dans un contexte de crise économique est particulièrement bien décrit. L’ensemble est bien tricoté, avec un criminel particulièrement terrifiant, une mère qui croit à son innocence depuis des décennies mais craint en même son retour à la maison, des proies potentielles qui ne veulent pas relâcher leurs efforts pour aller au bout de leur démarche mais se sentent démunies face à un système bancal. DeSilva fait monter la pression tout au long du roman, même s’il cède sur la fin à certaines facilités : le dernier rebondissement et le final sont un peu surfaits et semblent trop téléphonés (difficile de ne pas éviter les airs de déjà-vu dans les polars) pour remporter l’adhésion. Comme s’il fallait, dans ce roman où l’éthique a un rôle prépondérant, faire preuve de conciliation et éviter de trop choquer son lectorat. Aller plus loin, cela aurait été peut-être devoir affronter davantage l’opinion publique face à ces questions et mettre un camp dans le box des accusés. S’il n’est pas dénué de défauts, il n’empêche que ce roman fait réfléchir sur la loi, la récidive et le rôle attribué à chacun pour servir la/sa justice.

« Dura Lex » de Bruce DeSilva est disponible aux éditions Actes Sud.
445 pages. Septembre 2018.

« Dura Lex » fait partie de la Sélection du mois de décembre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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