Maitres et Esclaves

Né en 1950 dans la province du Sichuan, le jeune Tian Kewei, passionné de peinture, va vivre un destin exceptionnel dans la Chine de Mao. De son enfance empreinte d’horreurs et de drames, le jeune homme va s’élever jusqu’aux plus hautes sphères de par son talent et sa capacité à vouer une allégeance sans bornes à son pays et à ses meneurs. Mais dans ce pays où les rôles peuvent s’inverser pour le meilleur, comme pour le pire, Kewei réussira-t-il à s’épanouir grâce à son art ? Ou restera-t-il enfermé dans une société qui finalement n’accorde aucune liberté à ses citoyens, s’ils ne veulent pas sortir du cadre pour protéger leur vie et celle de leurs familles ?

Après « Les Ames rouges » mettant en avant un censeur féru de littérature et de cinéma en l’URSS, Paul Greveillac, pour son deuxième roman, s’attache à conter l’histoire de Tian Kewei, un peintre chinois vivant sous le régime de Mao. Des années 1950 aux années 1980, on suit le parcours de cet homme, passé d’esclave dans sa province du Sichuan, à celui de maître, ayant ses entrées au Parti Communiste à Pékin. Si le roman se concentre sur la vie d’un homme, de son enfance terrible ponctuée des humiliations, des exécutions et des morts liés au régime, jusqu’à son ascension où il doit faire face à ses contradictions, il est aussi prétexte à dénoncer un système qui a broyé et tué des milliers de citoyens, pour un idéal fallacieux.

Richement documenté, « Maîtres et Esclaves » nous plonge dans le passé chaotique et dramatique d’un pays, dont les rêves de grandeur se font au détriment des hommes, où des « esclaves » soumis, doivent démontrer leur attachement sans borne au régime, face à des « maîtres », souvent bourreaux pour maintenir l’ordre et fervents défenseurs de l’idéologie de Mao. Greveillac ne cache rien du passé de la Chine et de ses horreurs, qui ne sont pas si anciens. D’autant plus que le récit se conclue par le massacre de Tiananmen.

Le style, d’une belle élégance, contraste par rapport au contenu du récit, grave et terrible. On pourra regretter une certaine froideur par rapport aux personnages. Si ces derniers sont profonds et finement dessinés, aussi bien physiquement que psychologiquement, ils restent distants. En effet, malgré les épreuves qu’ils ont pu endurer, je n’ai pas réussi à me sentir concernée par leurs destins. Et si l’ensemble constitue une fresque historique riche et forte, il n’empêche que l’on éprouve de temps à autre un certain ennui, de par la langueur du récit, et car justement, on peine à s’attacher réellement aux personnages.

« Maitres et Esclaves » de Paul Greveillac est disponible aux éditions Gallimard.
457 pages. Août 2018.

« Maitres et Esclaves » fait partie de la Sélection du mois de février du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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