Anatomie d’un Scandale

James Whitehouse est un homme charismatique et brillant qui a gravi les échelons politiques avec une étonnante facilité. Proche du Premier Ministre, avec lequel il a grandi et dont il a partagé les frasques à Oxford, au sein de la confrérie des Libertins, il est aujourd’hui sous-secrétaire d’état. Heureux en mariage avec Sophie, ancienne étudiante à Oxford elle aussi, et père de deux enfants, Emily et Finn, il a tout ce dont on pourrait rêver. Mais le vernis craque lorsque Olivia Lytton, une de ses collaboratrices, avec laquelle il a entretenu une liaison de plusieurs mois, l’accuse de viol. C’est Kate Woodcroft, spécialiste des cas de violences sexuelles, qui est l’avocate chargée de prouver la culpabilité de James. Dans ce cas, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Kate, persuadée de la version de sa cliente, va tout faire pour gagner ce procès très médiatique. Sophie ne peut croire que son époux ait pu commettre un tel acte et fera tout pour protéger sa famille.

Pour son troisième roman, Sarah Vaughan décortique un procès pour viol, ayant pour fond le monde politique mais également le monde étudiant, puisque c’est la prestigieuse université d’Oxford (où l’auteur a étudié) qui est mise en lumière à travers différents flashbacks. Ces derniers dévoilent non seulement le passé des protagonistes principaux mais également la suffisance de certaines classes privilégiées qui se pensent au-dessus de tout et n’ont aucun respect pour quiconque. L’exemple le plus parlant en est bien sûr cette confrérie très sélective, les Libertins, qui montre sa toute-puissance en détruisant les lieux où elle passe (la scène du restaurant m’a fait penser à celle que l’on voit dans le film The Riot Club, qui dénonçait lui aussi ces clubs) ou en se moquant des moins fortunés. Cette période évoquée dans le roman est un point central de l’intrigue, et le rebondissement au milieu du récit saura donner beaucoup plus de profondeur à l’ensemble, mais aussi plus d’humanité à l’un des personnages.

Car bien sûr, ici il n’est pas question que d’un procès où la parole de l’accusé s’élève contre celle de son accusatrice (ici longuement repris). Vaughan analyse les comportements, les faits qui ont tout fait basculer ou encore des secrets qui ne demandent qu’à être déterrés ; elle creuse ses personnages, trouve des ancrages à leurs désirs de violence, de justice, à leurs doutes, à leur ego, à leur colère enfouie. Elle montre le pouvoir de la vérité, et des petits arrangements avec cette dernière pour s’en sortir ; elle établit le pouvoir de l’image et du paraître, du réseau social et professionnel pour faire basculer un jury. Elle fouille la relation de couple, la confiance aveugle mais aussi la connaissance intime de l’autre qui pousse au doute. Si j’ai trouvé l’écriture du début du récit un brin condescendante et ampoulée, ce qui m’a fait craindre le pire, j’ai ensuite été séduite par le récit, et cette faculté à faire de ce roman, un vrai page turner, intelligent et plutôt profond quant aux questions qu’il pose sur notre société et sur la justice.

« Anatomie d’un Scandale » de Sarah Vaughan est disponible aux éditions Préludes.

439 pages. Janvier 2019.

« Anatomie d’un Scandale » fait partie de la sélection du mois de mars du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

 

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