Né d’aucune Femme

Le Père Gabriel est appelé dans un asile pour bénir le corps d’une femme. L’infirmière du lieu était venue le voir la veille en confession pour lui demander de récupérer des carnets sur le lit de la défunte. Après qu’il se soit exécuté, il débute alors la lecture d’une histoire terrible. Celle de Rose, qui a été « vendue » par son père à un riche propriétaire terrain pour qu’elle devienne la servante de la famille, afin que la sienne puisse sortir de la pauvreté. Mais dans sa nouvelle demeure, Rose ne tarde pas à comprendre que l’on a d’autres desseins pour elle.

« Né d’aucune Femme » de Franck Bouysse est un roman à la fois sombre et fascinant, qui se déroule dans le Sud Ouest de la France, dans un passé indéterminé (XIXe siècle, voire tout début du XXe siècle). Il met en scène une jeune héroïne, Rose, qui m’a immédiatement fait pensé au personnage de Mary de « La Couleur du Lait » de Nell Leyshon. Les jeunes filles partagent en effet un destin quasiment équivalent, en plus du même âge (15 ans) et de la même origine sociale. Dans ces deux romans, on retrouve également cette noirceur de l’âme humaine et des scènes qui laissent le cœur au bord des lèvres. Même si le roman de Franck Bouysse va beaucoup plus loin dans l’horreur, avec des passages particulièrement insoutenables. On ne ressort pas de cette lecture indemne ! Car l’ensemble est non seulement visuel, mais l’œil de l’auteur est particulièrement vif et inspiré pour retranscrire une atmosphère, un univers entier. Il sait, de plus, particulièrement bien développer ses personnages, leurs tourments, leurs aspirations.

Ce roman est puissant, il n’y a aucune doute là-dessus. Le fait d’alterner les points de vue des différents personnages permet de l’enrichir, et l’approfondir toujours plus d’un point émotionnel et contextuel. C’est d’ailleurs plus un roman noir (très très noir) plutôt qu’un policier. Il ne faut pas s’attendre à la résolution d’un crime quelconque, les clés de l’histoire nous étant données au fur et à mesure. Mais le talent de Franck Bouysse est malgré tout de garder des billes pour la fin et de réussir à twister son récit, de façon surprenante et inattendue. Cela permet de ramener une certaine note d’espoir à l’ensemble… qui en avait grandement besoin. En effet, cette lecture est difficile, et pour ma part j’ai eu besoin de prendre mon temps pour la découvrir dans son intégralité. Car le récit est lourd, brutal, et si la langue est travaillée, pure et empreinte d’une certaine poésie, il n’empêche que je ne peux pas dire que j’avais hâte de reprendre ma lecture à chaque fois. Et qu’à la fin j’ai eu grandement besoin de souffler avec quelque chose de beaucoup plus léger.

« Né d’aucune Femme » de Franck Bouysse est disponible aux éditions La Manufacture de Livres.
334 pages. Janvier 2019.

« Né d’aucune Femme » fait partie de la sélection du mois d’avril du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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