L’Empreinte

En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich est une jeune étudiante en droit, opposée à la peine de mort. C’est pour cela qu’elle a choisi de faire son stage dans un petit cabinet de Louisiane, spécialisé dans la défense des condamnés à mort. Le cas auquel elle a affaire est celui de Ricky Langley, un homme emprisonné depuis plus de 20 ans pour avoir tué un petit garçon de 6 ans, Jeremy Guillory. Si ce meurtre a eu beaucoup de retentissements, c’est non seulement parce que la victime était particulièrement jeune, mais aussi parce que le meurtrier est reconnu également coupable de pédophilie. Si l’histoire en elle fait déjà froid dans le dos, Alexandria Marzano-Lesnevich s’y intéresse particulièrement car elle fait écho à son passé, à des secrets de famille enfouis. En enquêtant sur le destin de Ricky Langley, elle met également à jour sa propre histoire.

« L’Empreinte » est le premier roman d’Alexandria Marzano-Lesnevich. C’est un récit particulièrement âpre, de par son histoire, terrible, qui met en avant un thème sensible : la pédophilie. S’il émaille de bout en bout l’histoire de Ricky Langley, il pose également son empreinte dans celle de la jeune auteur, victime d’abus sexuels. Cette dernière lie ainsi deux destins, fouillant au plus profond de l’âme humaine, cherchant un fil invisible lui permettant de mieux comprendre les origines du mal et de la souffrance. Marzano-Lesnevich tricote et détricote l’histoire, elle s’interroge sur chaque hypothèse, remet les éléments dans leur contexte, part à la recherche du passé pour mieux comprendre le présent, et surtout cherche à déterminer quel est le moment où tout a basculé. Son récit est particulièrement documenté et riche, son entreprise est ambitieuse et personnelle. Si l’ensemble souffre parfois de lenteurs et de redondances, à force de revenir sur les faits pour toujours plus les analyser, il n’en reste pas moins engagé et plutôt maîtrisé.

L’auteur évoque un sujet délicat avec beaucoup de sensibilité, de transparence et n’hésite pas à livrer au monde les éléments les plus traumatisants de sa propre histoire. On sent qu’elle ne le fait pas de façon gratuite, et que ce roman est aussi l’occasion de se libérer d’un mal qui la ronge et qu’elle cherchait à cacher à tout prix. Il faut beaucoup de courage pour dévoiler ses traumatismes et leurs conséquences de cette façon, surtout que l’on sent qu’elle n’a pas été accompagnée dans ce processus par sa propre famille, qui a toujours cherché à minimiser voire à occulter les faits. « L’Empreinte » est un récit dérangeant, car il ne met de côté aucun détail, aussi scabreux soit-il. C’est un récit qui remue. Il se révèle difficile à lire, et j’ai eu besoin de morceler ma lecture (cette sélection d’avril aura été particulièrement éprouvante et noire) pour pouvoir arriver jusqu’à la fin. Ce n’est pas un récit que l’on prend plaisir à lire, tant il provoque le malaise de par son thème. Mais il n’en reste pas moins qu’il est important de découvrir des livres comme celui-ci.

« L’Empreinte » d’Alexandria Marzano-Lesnevich est disponible aux éditions Sonatine.
448 pages. Janvier 2019.

« L’Empreinte » fait partie de la sélection du mois d’avril du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019.

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2 réflexions sur “L’Empreinte

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