Les Illusions

Callie et Thilda sont sœurs jumelles. Si la première a l’impression de vivre une vie terne, c’est parce qu’elle se compare sans cesse à la lumineuse Thilda, actrice, et pour laquelle elle a toujours eu une fascination et un amour sans limites. Mais le jour où Thilda rencontre Felix, qui sous des abords de prince charmant, semble faire vivre un enfer à la jeune femme, Callie décide d’enquêter en toute discrétion pour mieux comprendre la personnalité de son beau frère et protéger Thilda.

Jane Robbins plante le décor dès le titre : dans ce polar, ne vous fiez pas aux apparences. Elles peuvent être trompeuses, d’autant plus le récit ne se fait que d’après le point de vue d’une personne, qui n’a pas forcément toutes les clés de lecture. Car comment ne pas se bercer d’illusions quand tous les signes extérieurs nous poussent à croire une certaine vérité ?

De ce point de vue, Jane Robbins s’amuse à manipuler son lecteur dans un récit qui met en avant deux personnages de sœurs jumelles complexes. D’un côté, Callie, la narratrice, qui a toujours éprouvé de la fascination pour sa sœur, quitte à avoir un comportement obsessionnel aux portes de la pathologie. De l’autre, il y a Tilda, cette beauté solaire, qui attire et pousse tout un chacun à vouloir la protéger. Entre les deux, il y a Felix, le fiancé de Tilda, qui sous des abords de prince charmant, serait un pervers narcissique dont les signes de violence transparaissent sur le corps et dans les yeux de sa compagne. Entre la victime et le bourreau, Callie prend son parti et se lance dans une vraie quête pour libérer sa sœur.

Jane Robbins plonge le lecteur dans une machination implacable (dont on peut quand même deviner les dessous cent pages avant le final, pour celui qui sait décrypter les signes), mettant non seulement en avant un lien retors et indéfectible entre deux sœurs (je ne parlerai pas de gémellité, tant ici la relation entre les deux m’a agacée) mais portant également un discours fort contre les violences faites aux femmes, chiffres à l’appui.

Si l’ensemble est bien mené, je n’ai pu m’empêcher de pester contre Callie, son comportement, son caractère, ses réflexions. Je n’ai pas adhéré à la relation toxique qu’elle a avec sa sœur, et ses faiblesses ont souvent cannibalisé le reste du récit. A trop vouloir jouer sur les extrêmes, Jane Robbins a malheureusement perdu en finesse et en profondeur. Reste alors un polar de très bonne facture, qui saura certainement séduire par son intrigue.

« Les Illusions » de Jane Robbins est disponible aux éditions Sonatine.
320 pages. Octobre 2018.

« Les Illusions » faisait partie de la pré-sélection du mois de février du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019. C’est le polar « Les Ames englouties » de Suzanne Jansson, qui avait récolté la meilleure note pour être le roman finaliste du mois.

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