Les Suprêmes chantent le Blues

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR
Lorsqu’une romance naît sur le tard entre deux octogénaires – Forrest Payne, propriétaire du sulfureux Pink Slipper Gentlemen’s Club, et Beatrice Jordan, connue pour proférer des menaces de damnation éternelle en direction des clients sortant de ce lieu de perdition -, leur mariage attire en ville une véritable légende. El Walker, le grand guitariste de blues, a en effet accepté de venir jouer le morceau préféré du marié, son vieil acolyte, à Plainview, dans l’Indiana, précisément là où il avait juré quarante ans plus tôt – et à juste titre – de ne plus jamais remettre les pieds. Mais El ne sera pas le seul natif de Plainview à voir se dresser devant lui les fantômes du passé. Attablé chez Earl comme tous les dimanches après la messe, l’inséparable trio des « Suprêmes » est de retour avec son lot de défis à relever : Clarice, face à la chance (et la peur) de sa vie, celle d’embrasser une grande carrière de pianiste longtemps appelée de ses voeux ; Barbara Jean, aux prises avec la mort d’une mère dont la vie fut synonyme d’humiliation pour toutes deux ; et Odette, confrontée aux colères d’un mari qu’elle ne parvient plus à comprendre.

Les Suprêmes sont de retour pour un nouveau Feel Good Book où ce sont cette fois les histoires de pères et de fils qui sont ici mises en avant. Quel plaisir de retrouver Odette, Barbara Jean et Clarice, qui n’ont rien perdu de leur bonne humeur, de leur humour et de leur sens de la formule. A leurs côtés, on croise bien sûr leurs conjoints, mais également la famille de Clarice (notamment sa cousine Veronica et sa fille Sharon, impayables) ou encore les habitants phares de Plainview à commencer par la voyante Madame Minnie. De nouveaux personnages font leur apparition à l’image d’El Walker ou de Terry, dont les liens filiaux vont donner du fil à retordre à nos Suprêmes. Mais qui vont être aussi l’occasion de beaux moments de tendresse, de communion et de pardon.

Si le roman, cette fois-ci, est ancré sur une période plus courte (quand il parcourait 40 ans d’amitié dans le précédent opus), l’auteur utilise toutefois les flashbacks pour étoffer son histoire et certains de ses personnages. C’est le cas du personnage d’El Walker, central dans le récit, et dont le lien au Blues va aussi servir de fil conducteur. Ce vieil homme au passé mystérieux est touchant et me fait penser à William Hill, subtilement interprété par Ron Cepas Jones dans la série « This is us » (les deux hommes ont, il est vrai, de nombreux points communs, à commencer par leur passé de junkie et l’abandon de leur famille). La musique est importante dans « Les Suprêmes chantent le Blues » : Clarice fait une carrière de pianiste et n’échappe pas aux incertitudes et au stress, et Terry, un de ses anciens élèves, est devenu également musicien et va être ramené à Plainview dans des circonstances à la fois dramatiques et cocasses.

Le point plus « fantastique » de l’histoire est également conservé dans cet épisode. Si les visions d’Odette ne m’avaient pas forcément convaincue dans le premier roman, ici l’auteur sait mieux les intégrer dans son histoire et évite tout manichéisme ou tout moralisme très américain (ce que j’avais pu lui reprocher il y a quelques années). Peut-être que le procédé étant connu et assimilé, il passe plus facilement dans le récit. En tout cas, cela ne le dénature pas, et on sourit même à plusieurs anecdotes. Edward Kelsey Moore séduit une nouvelle fois avec ses Suprêmes, toujours aussi proches, pleines de vie et de tendresse. Et c’est avec un grand plaisir que l’on suivrait la suite de leurs aventures si cela était à l’ordre du jour :)

« Les Suprêmes chantent de Blues » d’Edward Kelsey Moore est disponible aux éditions Actes Sud.
300 pages. Juin 2018.

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