Le Chameau sauvage

Halvard Sanz est un homme sympathique, avec une fâcheuse tendance à se mettre dans des situations impossibles. Et pourtant il se relève toujours. Quand il rencontre Pollux, il s’emballe, et sent bien que sa vie prend un autre tournant. Et que sa quête de sens et d’amour ne fait que commencer.

Premier roman de Philippe Jaenada, auréolé du Prix de Flore 1997, « Le Chameau sauvage » dévoile déjà tous les éléments qui feront le sel de l’auteur. Ses situations loufoques, ses personnages décalés et maladroits, son regard lucide et touchant. Et les fameuses parenthèses (et même les parenthèses dans les parenthèses). Si Jaenada a étoffé son style depuis (« Le Chameau sauvage » a déjà plus de 20 ans), il est indéniable que l’on perçoit ici déjà sa touche reconnaissable entre mille. On sait bien que certains n’adhèrent pas. Moi je me régale à chaque fois. Et je lui pardonne même ses petites failles ou lourdeurs (il faut aussi avouer que l’homme lui-même est terriblement sympathique et attachant, c’est plus facile). Et « Le Chameau sauvage » n’en est pas dénué. C’est ce qui fait aussi son charme.

Le charme du récit vient aussi de cette histoire d’amour improbable entre Halvard et Pollux. Halvard croit que les gens qui comptent, on les croise toujours une deuxième fois. Cette intuition est née de cette évidence que Pollux est la femme faite pour lui. Alors ses hésitations, ses casse-tête pour savoir ce qu’il faut dire ou faire sont particulièrement touchants (et bien vus, on se reconnait tous dans ces situations-là), tant il sent qu’il joue l’amour d’une vie en un instant. On s’attache à cet homme tranquille, qui semble vouloir se fondre dans la vie de peur qu’on ne le remarque. On sent en revanche le personnage de Pollux plus évanescent, ce qui crée une barrière nous empêchant un certain degré d’empathie pour elle.

Mais plus que l’histoire d’amour elle-même, c’est cette quête de soi (d’Halvard) qui est touchante. Car l’homme connait son lot de catastrophes (son incarcération au début du roman en est un bon exemple, et est d’une drôlerie typique de Jaenada), dont il réussit à se relever à chaque fois (on ne sait pas très bien comment, mais on est content qu’il y arrive). Et il y a ces petits épisodes, disséminés ça et là dans les chapitres pour faire une parenthèse dans le récit : Jaenada nous prouve tout son talent quand il évoque ses réflexions pour dire bonjour dans un ascenseur ou encore se relever d’une chute l’air de rien. Il y ajoute des petites tranches de vie de personnages secondaires ou anecdotiques, fortes de sens. Un premier Jaenada prometteur. Imparfait certes, mais très plaisant à lire si le quinzième degré et le loufoque ne vous effraient pas.

« Le Chameau sauvage » est disponible aux éditions J’ai Lu.
Il a reçu le Prix de Flore 1997.
381 pages. Edition de Novembre 2018.

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